Last Action Hero (1993, John McTiernan)

J'ai déjà eu l'occasion de parler, ci et là, de phénomènes hollywoodiens, de blockbusters, parodiques ou non ; et on saura aussi, du moins je le rappellerai, qu'il n'y a pas pour moi de "sous-culture", uniquement de la justesse et de l'intelligence. Last Action Hero n'aura sans doute pas, en son temps, rencontré son public : il n'était pourtant dénué ni de l'une, ni de l'autre.
Du cinéma dit "reaganien", on retient aujourd'hui surtout cette figure, et ce genre, de l'actioner, du héros éternel de l'Amérique justicière et qui fut incarné tantôt par Sylvester Stallone, tantôt par Chuck Norris, tantôt par Steven Seagal ou, comme ici, Arnold Schwarznegger. On oublie volontiers et sans doute, tant la mode du "nanard" a comme ironisé tout ce qui a pu être produit ici, que ces films étaient surtout au service d'un propos politique, d'un soft power qui s'épanouissait de l'état de guerre froide et du manichéisme, stupide évidemment mais assez pratique, de la rhétorique du "eux" et du "nous".
Si ces films ne se prenaient pas toujours au sérieux, et s'ils savaient d'ores et déjà en leur temps faire preuve d'une distance critique salvatrice et pour leur postérité, et pour mieux servir leur propos, il faudra cependant attendre le début de la décennie subséquente pour que les réalisateurs proposent une analyse véritable de ces œuvres. Il y aura donc Demolition Man, qui se risque à la politique-fiction ; et il y a Last Action Hero, qui prend le chemin de la métafiction, de l'ironie et de l'hommage éclairé.

Il y a effectivement davantage, dans Last Action Hero, qu'une parodie des films d'action du temps. Il y a davantage car, sans cela, la chose n'eût guère étonnée : on avait déjà les Naked Gun, on avait déjà les Hot Shots ; les amateurs et les connaisseurs suivaient Weird Al, et UHF. Mais au-delà de cette ficelle narrative assez grosse, finalement, de l'enfant prisonnier du film qu'il idolâtre, c'est bien ce derniers tiers de l'aventure, où le héros de pellicule se retrouve marchant parmi les humains, qui donne tout son sel à l'affaire. Quelque part, le décalage n'est pas si éloigné de celui de Demolition Man dont je parlais plus haut, mais il se fait plus désabusé, plus triste : il n'y aura nul espoir d'assimilation de la fiction au réel, les univers resteront irrémédiablement séparés.
Ce qui commençait alors, ce qui ressemblait alors à un hommage léger, à un détricotage régulier des moindres clichés du genre, s'achève sur un goût doux-amer, sur une forme de mélancolie ou de nostalgie étrange et, peut-être, déplacée. L'on convoque Le Septième Sceau, on tue un vilain pour mieux sauver un gentil. Peut-être est-ce là l'ultime regret du dernier des héros : il n'y a plus de menace, plus rien sur lequel fixer sa colère vengeresse. On sait que les années 1990 se caractérisèrent, à Hollywood, par les films dits "catastrophe", où la nature même chasse les humains de sa terre : Jurassic Park fut l'un des premiers, d'autres suivront et ce comme en prévision d'un dérèglement climatique dont on commençait à peine à saisir l'ampleur. La guerre était finie, il fallait remiser à jamais les flics jadis aimés.

Il y a donc comme un déséquilibre, une balance ratée à Last Action Hero. Loin d'être accidentel cependant, ce propos est assumé, revendiqué, théorisé : et loin d'être aseptisé comme Demolition Man encore qui prédisait une sorte de victoire du "politiquement correct" à outrance, ce qui ferait finalement de cette œuvre quelque chose d'éminemment réactionnaire quand bien même cela serait-il adventice, Last Action Hero est bien plus intelligent quant à son propos. Conscient de l'absurdité, du comique involontaire des temps passés, mais également de la dangerosité de son message, le film reconnaît l'anachronisme de son existence.
Génériquement, il est intéressant à classer. Impossible bien entendu de le prendre au sérieux ; impossible, de même, de tirer le fil de la parodie de bout en bout. Pour ma part, et quitte à me tromper - autant alors se tromper magistralement ! -, je vois ça comme une sorte d'essai, comme de dissertation géniale sur ce cinéma du temps, une sorte de Faux-Monnayeurs en mouvement parcourant et les grandeurs, et les décadences, et les splendeurs, et les misères de ce qui fut jadis la culture populaire.

Je naquis à la fin de cette période, je découvris donc pêle-mêle et les originaux, et les parodies, et les analyses, et le reste : ce n'est que plus tard, bien plus tard que mettant de l'ordre, chronologiquement, thématiquement et philosophiquement même dans ce corpus, je vis davantage les dynamiques que m'offrait ce pan de la culture humaine. J'ai cependant toujours pour Last Action Hero cette distance, cet intellectualisme d'une démarche analytique qui obstrue, épisodiquement, mon plaisir.
Comme c'est étrange, et comme sont tortueux ces chemins : je me serais attendu à ne jamais apprécier tel film haut et pesant, de la Nouvelle Vague ou de l'Expressionnisme allemand, de l'aimer pourtant pour son influence et sa pensée, pour sa puissance ; ce sera finalement Last Action Hero qui sera sur ce podium. Et quelque part, j'en suis plutôt satisfait.

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