F-Zero (1990, Nintendo)

Publié le par GouxMathieu

   Les jeux de course m'indiffèrent beaucoup dans le domaine du jeu vidéo. Peut-être parce que je ne suis pas grand amateur de voitures ; peut-être parce que cette mécanique m'indiffère ; mais je préfère encore quelque chose se rapprochant davantage de l'affrontement ou de l'arcade. Il y a, cependant, F-Zero, qui semble réunir pour moi le meilleur des deux mondes.

 

   Je me souviens, avec grande vivacité, de la première fois que je vis F-Zero en mouvement. C'était le début des années 1990 ; il y avait en ville un magasin de jouets, qui ne s'occupait pas exclusivement de jeux vidéo, mais qui en proposait cependant une petite sélection. Il avait reçu une borne d'essai pour la nouvelle console du moment, la Super Nintendo. Elle était rouge et noire, l'écran qui l'habillait bien plus grand que la télévision de notre salon. Je ne saurais dire si la borne accueillait d'autres jeux en démonstration, mais je me souviens de F-Zero, et de la vitesse incroyable de l'animation.

   C'était évidemment, c'est encore, l'argument de vente premier de cette licence nouvelle. Le jeu devait aller vite, la course futuriste se targuant de nous faire dépasser les 1000km/h dans cet univers dystopique où les humains, les extra-terrestres et les robots intelligents s'affrontaient dans des cités de mutants, des planètes désertiques ou au contraire parfaitement recouvertes d'eau. Maintenant encore, malgré les années nouvelles, l'effet est saisissant : et même avec l'expérience, il est facile de se faire avoir.

   Le jeu vidéo est un média technologique avant toutes choses : ses évolutions sont aussi celles des puissances de calcul, du nombre de polygones ou des supports de mémoire. Ce n'est pas de la superficialité, ce n'est pas de l'apparence : cela conditionne aussi les virtualités de sa culture et les possibilités de son expression. À chaque nouvelle génération, c'est comme si les développeurs avaient accès à une nouvelle couleur, le spectre s'élargit conséquemment : de nouvelles associations apparaissent et le plaisir d'aujourd'hui, n'en déplaisent aux réactionnaires et aux aigris, est toujours inédit au regard de la veille.

   En ce sens, F-Zero offrit quelque chose de neuf, du moins, montrait qu'il était possible d'offrir quelque chose de neuf sur Super Nintendo. Les sachants me répondront volontiers que Sega et la Megadrive, par Sonic notamment feront de même : certes, dirais-je. Il faudra attendre l'année suivante cependant ; et tout personnellement, l'univers futuriste de F-Zero m'aura toujours infiniment mieux plu que les Green Hill Zones et consorts. 

   Il y a aussi de cela, et c'est intéressant de voir que le jeu sut éviter l'écueil que d'autres ont percuté : F-Zero n'est pas qu'une démonstration technique. Il a également la prétention, légère dans ce premier épisode, de construire une fiction complète. Les informations sont certes éparses, fragmentées, lointaines : du moins, si pour cet épisode inaugural l'on ne se contente que du jeu, en négligeant la bande dessinée ou le manuel offert, on aura peu à se mettre sous la dent. Mais ce peu est comme inspirant, il ouvre un monde des possibles que le jeune homme que j'étais appréciait et qui a même, quelque part, forgé ma sensibilité pour ces choses post-apocalyptiques, ce retrofutur, ce dessin à la croisée des années 1980 qui mouraient, des années 1990 qui naissaient.

   Alors certes, les jeux de course me laissent froid ; le ballet des écuries, les rivalités entre constructeurs, les pole positions m'indiffèrent ; mais que l'on me présente tout cela dans un univers pulp, ou un futur de space-opera, comme ceux que j'aime ailleurs ; qu'on me parle de policiers sous couverture, de clonages ratés, d'extra-terrestres colorés ; et tout cela brutalement me plaît. Les amateurices le savent, la série est depuis plus de dix ans au point mort, on attend avec impatience son retour. Mais même dans son silence elle m'impressionne : c'est comme si Captain Falcon était parti en mission secrète, bien loin. Il reviendra un jour, j'en suis sûr ; car il sera à jamais mon héros d'enfance, sans même m'en être aperçu.

 

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