Sonic the Hedgehog 2 (1992, Sega)

Je n'ai jamais apprécié Sonic the Hedgehog, la série comme le personnage ou son univers. Les jours inspirés, je clame même souvent qu'il ne s'agit, généralement, que de jeux surfaits, médiocres au mieux, génie marketing certes, mais désespérément creux. Tous, sauf le second, semble-t-il aimé surtout des contempteurs, comme je le prouve.
Redde caesari etc. ; je n'ai point découvert Sonic à l'époque de sa sortie, étant trop jeune pour lui d'une part, et partisan de l'écurie Nintendo adverse de l'autre. J'y suis cependant revenu dès qu'Internet envahit nos foyers ; méthodiquement et avec bienveillance, je jouais et terminais ces épisodes ; et résolument, je ne les comprenais point. Il y avait tel et tel détail amusant ou intéressant, un effet de vitesse véritable, une musique certes ; mais le fond n'était ni drôle, ni intéressant à mes yeux.
Dans mon parcours de jadis cependant, qui à l'époque était surtout composé des trois (ou quatre) épisodes historiques et de quelques jeux sur console portable, le second épisode me parlait le mieux ; même, il est sans doute le seul que je sauvais et encore maintenant, je le garde dans mes listes. Quelle fut ma surprise cependant, quand je lisais ci et là que l'épisode était mal reçu chez les fanatiques, vilipendé même parfois ! Il y avait quelque chose du schisme, et j'avais pris position sans le savoir.

J'appris alors que l'épisode fut surtout développé auprès d'une équipe étatsunienne, au contraire du studio japonais qui créa le personnage et lui donna ses lettres de noblesse, populaires ne serait-ce ; qu'il fut comme un épisode concurrentielle à Sonic CD, qui divisa lui aussi en son temps ; qu'il se vendit extraordinairement bien. De tous les jeux de cette première génération, c'est encore les publicités du temps que je retins le mieux et particulièrement ce chiffre "2" que saisit d'une main vindicative Robotnik, le grand opposant de notre partie. L'image m'avait frappé : Sonic est avant tout une créature marketing, mais c'est le seul de ses rejetons qui sut vraiment me plaire.
Lorsque l'on me demande ce qui me retient dans ce jeu, c'est précisément l'ensemble : un contrôle assez efficace, moins flottant qu'auparavant ; le spindash, ce mouvement qui permet n'importe où d'aller à une vitesse folle, rend plus organique la progression ; les niveaux sont davantage inspirés, et savent alterner poursuites folles, exploration mesurée et plate-forme agréable ; graphismes comme musiques sont, à mon goût, des mieux choisis ; le jeu, enfin, est amusant en diable.

Des défauts, bien sûr nous pouvons en trouver ; aucune œuvre n'est au-dessus de tout soupçon. Il est des niveaux moins inspirés que d'autres, certains endroits auraient pu être modifiés, le boss de fin, particulièrement long, est finalement peu intéressant. Mais ces dartres sont comme minimes, j'en sauve mon système : et tout comme on ne saurait reprocher sa répétitivité à un beat'em all sans porter atteinte à sa nature même, je vois cela comme des conséquences attendues d'un jeu Sonic et j'attends encore qu'on me montre que ces défauts sont propres à ce second épisode, et non pas comme répandus dans toute la franchise.
Ce que je trouve sans doute le mieux réussi ici, ce qui me plaît le plus ; c'est que ce caractère "rebelle", autour duquel le personnage a construit son identité, soit ici mis en retrait au regard de la douce fable écologique qu'il était, est censé incarner. Des niveaux comme "Chemical Plant Zone" ou "Oil Ocean" sont en ce sens davantage que des illustrations : ce sont des prises de risque et de savoir qu'un niveau prévu, mais finalement éliminé faute de temps, devait s'appeler "Genocide City", ne fait que me conforter dans cette idée.

Je me suis depuis essayé à tout ce que Sonic, de près ou de loin, a pu faire, sans jamais totalement devenir fanatique. Sans surprise particulière, et d'une façon finalement assez attendue, le dernier Sonic Mania de retenir beaucoup mon attention. Je ne peux que manquer d'y voir une malédiction nouvelle : tout comme Sonic 2 est dénigré pour ses origines partiellement étatsuiennes, il aura fallu que des amateurices reprennent le personnage pour faire mieux, et bien mieux !, que ses créateurs en deux décennies d'essais.
Je n'aime pas forcément me complaire dans une position nécessairement opposée, et ce journal de prouver que je ne cherche ni le rare, ni le vieux. Si je me targue de quelque chose, c'est bien d'aimer ce que je veux, et non de vouloir ce que j'aime ; et j'aime encore Sonic the Hedgehog 2, bien plus que tout le reste.

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