L'École emportée (1972-1974, Kazuo Umezu)
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Presque trente ans séparent la parution initiale de ce manga d'horreur de sa traduction française ; et il y a plus de dix ans entre ma lecture, et ce billet. Il y a des œuvres, comme ça, qui demandent du temps et de l'innutrition : cette histoire horrifique d'en faire sans doute partie.
Kazuo Umezu est, avec Junji Ito, l'un des maîtres du récit d'horreur japonais. Tout comme cet autre, ses histoires sont un mélange incongru d'unheimlich, d'horreur corporelle à la Cronenberg, et de mystère savant. Il y a un peu de La Mouche, un peu de la quatrième dimension dans cette intrigue s'avançant entre le fantastique et la science-fiction ; et des scènes qui, encore maintenant, me réveillent la nuit en sursaut si trop j'y pense.
Je présente l'intrigue, celle-ci n'étant pas nécessairement la plus connue. Un jour, pour une raison qui restera toujours dans l'ombre, une école primaire et tous ses occupants, élèves, professeur·e·s, quelques visiteurs, se retrouvent transporté·e·s dans un désert lugubre, sans bruit ni vie. On saura rapidement qu'il sont plus d'un millénaire dans notre futur, sur une terre d'apocalypse dévastée, peuplée de créatures sournoises et désespérées. À elles et eux d'apprendre à survivre, sans tomber dans les miasmes du suicide ou de la paranoïa.
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Ma grande sympathie pour l'œuvre m'oblige cependant, bien qu'en préambule, à en égrener les maladresses les plus fortes. Il y a déjà, et ce bien que cela n'occupe pas le devant de l'histoire, un soubassement sexiste dérangeant, selon lequel les femmes seraient "plus douces et plus intuitives", et les hommes "plus réfléchis et plus forts". Cette absurdité est délivrée comme exemple d'un propos plus large, et ne prête pas tant à conséquences sur l'intrigue ; cela la rend cependant d'autant plus étrange.
Ensuite, le côté feuilletonnant de l'intrigue peut parfois donner une impression étrange de sautillement, de papillonnage, qui peut dans certains chapitres conduire à passer rapidement sur certains thèmes que l'on aurait aimé mieux voir développés. La fin, notamment, est assez rapidement expédiée ; cela n'engage pas encore l'ensemble de l'intrigue, mais il convient de le souligner.
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Il en va ainsi de L'École emportée comme il en ira de Spirale : c'est davantage le voyage que la destination qui importe ici, la variation sur le thème. On a comme une sorte de cours d'histoire accélérée, dont on accepte d'autant plus les raccourcis et les extrémités que le préambule est hautement improbable. L'on assistera alors tantôt à l'individualisme le plus forcené, tantôt à une entraide presque utopique ; aux dilemmes terribles comme aux hasards bienvenus. Qu'on ne s'attende pas à trouver ici un essai ou une fable morale : Candide comme Gulliver ne sont nulle part ici.
Cette marqueterie bizarre de douleurs et de tristesses, de membres arrachés et de créatures surnaturelles, d'offrir comme quelque chose de Bosch, plutôt que de Goya : le regard se perd dans un détail, un cri de douleur particulièrement vivant, une anatomie étrange qui manque de rendre fou. C'est une pâte molle qui est ici modelée, et qui donne à voir des monstres de la pensée, de l'orgueil et de l'automutilation.
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Évidemment, les caractères en deviennent bien fades et même Shô, le protagoniste, qui raconte tout cela sous la forme d'une lettre à destination de sa mère absente, n'est finalement jamais qu'une idée plutôt que d'être un personnage, une tension plutôt qu'une action. Finalement, on s'en déporte : il y a les récits intérieurs, et il y a les récits extérieurs.
Je me sens particulièrement chanceux, je crois, d'avoir découvert cette petite histoire culte, cette fable sordide de morts, de violence et de perversion ; de ce qui pourrait advenir dans ces conditions, et ces souffrances putatives ; et le monde étant monde, je ne souhaite rien de plus que de n'avoir jamais à vivre ce qu'ont vécu ces personnages.
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Wyrd Sisters (1988, Terry Pratchett)
Inscryption (2021, Daniel Mullins Games)
Orgazmo (1997, Trey Parker)
Fluide Glacial (1975 - en cours, AUDIE)
A Few of my favorite things (5)
Jacquou le Croquant (1899, Eugène Le Roy)
Donkey Kong Country 3: Dixie Kong's Double Trouble! (1996, RareWare)
Les Guignols de l'Info (1988-2018, Alain De Greef & Alain Duverne, auteurs divers)
Kador (1978-1982, Binet)
Little Shop of Horrors (1982, H. Ashman & A. Menken)
Le Petit Chose (1868, Alphonse Daudet)
The Legend of Zelda: Link's Awakening (1993, Nintendo)
Columbo (1968-2003, Richard Levinson & William Link)
Cédric (1986 - en cours, Cauvin & Laudec)
Des nouvelles (février 2026)
Renaud cante el' Nord (1993, Renaud)
The Bizarre World of Fake Video Games (2025, Super Eyepatch Wolf)
Hades II (2025, Supergiant Games)
Evil Dead 2: Dead by Dawn (1987, Sam Raimi)
Walking Dead (2005-2020, Robert Kirkman et al.)
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