Ringo (1973, Ringo Starr)

J'ai eu parlé des Beatles, ainsi que d'un album solitaire de Paul McCartney ; j'ai redécouvert Ringo, l'artiste comme l'album, ces derniers jours. J'avais oublié à quel point l'artiste était bon, même loin des "Fab Four".
Il y a cette blague, que les Beatles avaient offert au public américain jadis et que l'on retrouve ci et là. On avait demandé au groupe si Ringo Starr était "le meilleur batteur du monde", les Beatles étant alors bigger than Jesus. On répondit, goguenards, qu'il n'était pas même le meilleur batteur du groupe.
Certaines blagues sans doute cachent un bout de vérité ; et il est vrai qu'aux côtés de ses compagnons, Ringo passait pour le moins bon des quatre, même lorsqu'il chantait "avec l'aide de ses amis". Je suis loin d'être spécialiste en ces choses, et ne saurais les expliquer clairement ; mais intuitivement, et peut-être influencée par la sagesse populaire, j'ai longtemps pensé de même.

Et puis, je me pris à explorer un peu son travail, à écouter ce qu'il fit solitairement. Et même si Sir Paul demeure, pour son univers et sa sensibilité, mon favori du quatuor, Ringo a su remonter dans ce classement, tant et si bien qu'aujourd'hui, et en réécoutant encore Ringo dont je parle ici, je ne saurais plus dire qui je préfère véritablement.
"I'm the Greatest", qui ouvre l'album, a ce sautillant que je trouve incomparable ; "Photograph", un peu plus loin, est d'une profondeur étrange, que je n'ai jamais retrouvé ailleurs ; et "Six o'clock", en association, justement, avec le couple McCartney, Linda & Paul, est sans doute l'une de mes chansons favorites, toute époque, tout genre confondu, dans une sorte d'association idéelle de tout ce que j'aime dans le rock'n roll et la musique pop.

Surtout, il me semble qu'il y a dans cet album comme cette distance ironique, cette humilité goguenarde de celui qui fut le plus beau et le moins bon des Beatles ; ce mystère tranquille du batteur, qui ne regrette pas tant la décennie incroyable qu'il vécut que la liberté acquise qui lui permet à présent de faire ce qu'il veut, et d'appeler à lui ses anciens amis, ses anciennes amies, le temps d'une session d'enregistrements.
Cela deviendra, par la suite, sa marque de fabrique et par bien des endroits, chaque album de Ringo est, en réalité, un genre d'album-somme à l'aune du Butterfly Ball dont j'ai récemment parlé. Aussi, et même si rarement terminè-je sur un conseil, je me l'autorise cette semaine : plongez-vous dans Ringo, et dans Ringo. Qui sait ? Peut-être serez-vous comme moi heureux de le redécouvrir.
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