The Breakfast Club (1985, John Hughes)

Publié le par GouxMathieu

   J'ai souvent pensé que l'on découvrait les œuvres, de quelque nature qu'elles soient, toujours au moment idoine ; qu'il faut être disposé pour les voir et les entendre. The Breakfast Club, que je ne connus que bien tard, est peut-être ma seule exception, car le film aurait pu me sauver jadis.

 

 

   Aux États-Unis, et à ce que j'ai cru comprendre jadis, c'est un classique, qui sait particulièrement capturer l'esprit des âges adolescents, de la high school et des rites initiatiques qui l'accompagnent. En France, le décalage culturel est plus marqué : même si les figures de cet aréopage, l'intello, l'artiste, la reine du bal, le sportif, le loubard, nous sont connues, voire tendent à l'universel, elles s'expriment un peu différemment à chaque fois. Pour certaines, cela n'est pas dérangeant ; pour d'autres, le départ est trop fort.

   Tout n'est pas à jeter cependant, et le personnage de l'intello, vers lequel je gravitais tout naturellement compte tenu de mon inclination, aurait pu me correspondre jadis. J'ai connu, en des termes particuliers mais néanmoins toujours puissants, l'angoisse de la réussite, la peur de l'échec, le souhait de tout arrêter. Il est difficile, maintenant encore à dire vrai, de prendre du recul sur nous-mêmes, c'est bien pour cela que la fiction existe : elle se présente comme un miroir que l'on manipule commodément, pour ne pas se risquer à la brisure.

   Il y a dans ce huis-clos, qui n'en est pas parfaitement, qui en est un tout-à-fait, une fascination pour le silence, l'absence, le regard. Le premier tiers est sans doute mon favori, juste avant la course-poursuite dans les couloirs. Il y a une méfiance généralisée, on ne sait absolument rien, ni de ces personnages, ni de la raison pour laquelle ils sont là ; eux-mêmes l'ignorent, évidemment. Il s'agit tant de se connaître que de connaître le monde : après tout, nul n'est une île. C'est une leçon que j'ai appris bien tard, je le regrette ; mieux vaut tard etc.

   En revoyant The Breakfast Club tout récemment, d'autres personnages, que je n'avais pas considérés alors, gagnèrent une nouvelle dimension. Bender, par essence protagoniste car le premier, celui qui rompt le silence et met les choses en mouvement ; Claire, dont je devine plus rapidement les pensées ; Andy, dont la proximité avec d'anciens tracas me le faisait le détester. Je ne m'identifie pas à ceux et celle-ci : mais je les comprends mieux à présent.

   C'est encore pour cela que j'y reviens, et encore pour cela que je montre ce film. Sans doute, d'autres sont depuis venus, ont su être plus poignants, plus intelligents, plus fins ; d'autres sont plus récents, moins caricaturaux, plus efficaces. Sans doute, oui : mais ils ne sont pas mon préféré. J'ai vu beaucoup de teen movies, je continue encore d'y céder, c'est une zone de confort dont j'ai parfois honte, mais dont la routine m'apaise souvent. The Breakfast Club est un bonbon sucré qui m'ajeunit, même si faussement.

   Quelque part, dans une autre dimension et d'une autres façon, ce film, parcouru au moment voulu, en pleine souffrance adolescence, m'a sauvé. Dans ce monde, j'ai survécu maladroitement, par hasard ou par accident : j'ai la chance de pouvoir imaginer ce que les choses auraient pu être, tout en profitant de celles qui sont.

 

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