La Ribambelle (1965 - 2012, Roba et divers)

Publié le par GouxMathieu

   J'ai toujours eu cette impression que le genre de "l'aventure de la bande de potes" a connu son période lors des années 60. Ces œuvres, qui mettent en scènes une ligue de bonnes et de bons amis au gré de diverses péripéties, m'ont toujours plu : et La Ribambelle est peut-être, en bande dessinée, ce que je connais de mieux.

 

 

   Il y a effectivement quelque chose, avec ces romans (Le club des 5), ces films (Les copains d'abord), ces BDs, qui m'étonnent particulièrement. J'en fais l'esprit du temps : des individus disparates, réunis exclusivement par leur âge mais de milieux, de métiers, de personnalités distinctes, se rassemblent pour mieux affronter les adversités et faire fi de leurs différences premières. On prendra ces travaux comme une application fantasmée d'une fin de l'histoire qui n'eut jamais lieu : d'une ode à l'humanité qui sait rassembler, au-delà des surfaces trompeuses et des apparences imbéciles ; c'était la paix, enfin, à laquelle nous aspirons.

   La Ribambelle n'a pas été créé stricto sensu par Roba, que l'on connaît, bien entendu, de Boule & Bill ; mais malgré cela et malgré ses reprises plus récentes, c'est encore à lui qu'on associera le plus cette série au rythme de parution erratique, la famille du toutou ayant accaparé, on s'en doute, la majorité de son temps. De grands noms de la BD franco-belge sont passés par la série, gravitant autour de "l'école de Marcinelle", Delporte, Vicq, Tillieux, Jidéhem ; comme si seule une bande de potes pouvait dessiner une bande de potes.

    Les histoires, brèves souvent sans jamais vraiment s'arrêter au format mono-planche, classique, de l'époque, nous font suivre les aventures de ladite "Ribambelle", des garnements occupant un terrain vague où ils jouent aux pirates, aux voleurs et que sais-je, et se retrouvent après l'école pour s'inventer de nouvelles vies. Il y a le chef, Phil, voix de la raison et moteur de l'action ; Grenadine, seule fille de la bande, qui coud et cuisine ; Archibald, descendant de lord écossais à l'accent imprononçable et à la gastronomie négociable ; Dizzy, un jeune trompettiste qui connaît tous ses classiques de jazz ; Atchi & Atcha, des jumeaux japonais forts en judo. Parfois, un ou deux adultes les accompagnent, mais le cœur y est.

   On l'aura compris en lisant ce résumé : les caricatures, tant sexistes que racistes, ont cruellement vieilli et empêchent la BD d'être relue aujourd'hui sans un sourcil circonspect. Grenadine est toujours dans un rôle ancillaire, Atchi & Atcha sont des délires d'une autre époque, Dizzy a de grosses lèvres. Les albums récents tentèrent, tant bien que mal, de remédier à cela, en vain : le ver était dans le fruit. Même si ces figures sont positives, et même s'il est souvent des histoires ou des remarques dévoilant l'absurdité des représentations et des rôles, le statu quo revient rapidement. Dire que c'était ainsi à l'époque, c'est effacer les travaux qui ne sombraient pas dans la facilité ; il faut reconnaître ces écarts, et les juger à leur aune.

   Je ne peux cependant rejeter parfaitement cette œuvre à cause de cela, car sa sincérité (au même titre que chez Tintin, par exemple, à qui on fait régulièrement le procès, ou encore Lucky Luke) transpire absolument. Les méchants sont clairement identifiés, et sont autrement plus coupables de ces énormités : les Caïmans sont uniformes, bêtes et méchants ; Grofilou est dickensien dans ses caprices de milliardaire, et détruit tout ce qu'il ne peut pas acheter. Deux mondes s'affrontent ici ; et quand bien même les figures feraient appel à de détestables représentations coloniales ou sexistes du temps, fait est qu'à l'époque, dans Le Journal de Spirou, on voyait peu d'héroïnes, on voyait peu de personnages non-blancs. Les choses auraient pu être mieux faites, plus intelligentes, meilleures : c'était déjà ça, et il fallait bien commencer quelque part.

   Il faut sans doute être conscient de cela, et, si on le peut, glisser sur ces aspérités pour retenir le tout meilleur : les personnages truculents, les aventures rythmées, les dialogues qui font mouche (la phrase-clé de Tatane, leader des Caïmans, "À ma botte !", est encore souvent dans ma bouche), l'inventivité générale de la chose, sans même parler du style souple et tout en rondeur de Roba : tout cela emporte avec lui les légitimes critiques de l'œuvre, qu'on ne saurait gommer sous peine de travestir son identité. Je reviens à la Rimbambelle sans doute moins souvent qu'à Boule & Bill, il faut dire aussi que je la découvris plus tard : mais j'aime toujours les moments que je passe et je regrette, sans doute, de n'avoir pas avoir eu à l'époque une bande de potes, pour faire les quatre-cents coups.

 

Commenter cet article