Invasion of the Body Snatchers (1978, P. Kaufman)

Publié le par MathieuGoux

   Halloween approchant, envie me vient de revoir des films d'horreur. Ce n'est pas le genre que je peux préférer, mais j'ai mes classiques ; et en revoyant ce classique de 1978, j'ai cru y lire de nouvelles dimensions, l'âge aidant et mon regard s'aiguisant.

 

 

   Invasion of the Body Snatchers est considéré comme l'une des plus belles histoires d'épouvante de l'époque moderne, et on ne peut vraiment se tromper : le roman original de Jack Finney est délicieux, même s'il se termine bizarrement bien ; la première adaptation de 1956 est un classique, et même encore maintenant il n'a pas vraiment vieilli ; son remake de 1978 est extraordinaire, et on le revoit encore avec le même plaisir.

   On a beaucoup écrit, effectivement, sur les thématiques de cette histoire, qui voit les habitantes et habitants d'une ville être progressivement remplacés par des doubles végétaux, identiques en tout point à leur modèle exception faite de leurs sentiments éteints : ils ne peuvent ressentir ni amour, ni haine, ni dégoût, ni colère. On a vu surtout, et je pense à raison, une allégorie du Maccarthysme et de la peur des agents doubles en pleine guerre froide ; mais il y a davantage.

   Le remake de 1978 ajoute à ce message, toujours juste, une autre profondeur, celle de la théorie du complot et de la défiance générale pour les autorités, la police particulièrement. Le couple joué par Jeff Goldblum et Veronica Cartwright illustrerait parfaitement cette idée, et il faut dire que nous sommes dans une époque, aux États-Unis tout du moins, après le scandale du Watergate, après la guerre du Vietnam : l'adversaire est aussi le système, dans tout ce qu'il a d'autoritaire.

   Par endroit, on pourrait volontiers tracer une ligne qui irait d'ici à The Matrix, en passant par They Live ; certes, il y a des différences multiples, mais l'idée me semble étrangement la même. C'est de la contre-culture, qui a été intégrée au modèle capitaliste et au consumérisme, comme c'est évidemment la force même de ces mouvements, et l'une des raisons pour lesquelles il est dur de les détruire ; mais il faut s'y attarder, il y a peut-être des clés utiles pour la lutte.

   Une autre chose, sans doute, que je n'avais pas vue à l'époque, mais qui m'a semblé criant à présent, c'est le sous-texte presque féministe, par endroit, même si c'est en mode mineur. La première à comprendre que quelque chose cloche, c'est Elizabeth, jouée par Brooke Adams, mais personne ne l'écoutera ; pire, lors de la première rencontre avec le docteur Kibner, campé par un Leonard Nimoy délicieux, il la convainc que tout est dans sa tête, qu'elle se fait des idées ; que la "famille nucléaire" est en lambeaux, et que la mort du conservatisme est un drame.

   Alors, on peut toujours se demander si, à ce stade-là de l'intrigue, il a déjà été remplacé ; une scène ultérieure semble prouver le contraire, cependant. Je trouve même l'alternative plus inquiétante encore. Il n'y a pire chose que ne pas être entendue, crue, aidée. Sans doute, pour beaucoup, pour les femmes notamment, c'est une réalité : les profanateurs sont déjà parmi nous, et depuis longtemps.

 

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