The Talos Principle (2014, Croteam)

Publié le par MathieuGoux

   De la philosophie, j'aime surtout Montaigne ; je ne lis rien d'autre. Parfois, je tombe sur quelque chose qui me plaît cependant ; et parfois, c'est là où je l'attends le moins. C'est dans une série télévisée ; c'est dans un plat amoureusement cuisiné ; parfois, c'est dans un jeu vidéo.

 

 

   The Talos Principle est issu d'une tradition, vieille de bientôt vingt ans, de jeux d'énigmes en vue subjective, comme Portal ou The Witness : on doit manipuler des objets, et utiliser différents dispositifs, pour parcourir des salles d'expérimentation et atteindre tel ou tel objectif. C'est un genre de jeu de réflexion, et je suis toujours grand fan de ceux-ci. Ici, on dirige un androïde, et on doit résoudre des énigmes portant, surtout, sur des rayons de lumière ; mais c'est l'enrobage qui importe le mieux.

   Les jeux dont j'ai cités, celui-ci, ont toujours quelque chose du "walking simulator", terme à la péjoration légère qui désigne un sous-type de jeux de balade, où l'on flâne ci et là en écoutant des dialogues prononcés par une voix hors-champ, au milieu d'arbres et de ruines. C'est très reposant ; et peut-être pour mieux gérer le rythme des énigmes, The Talos Principle utilise ces astuces au long de sa partie.

   Mais autant les environnements, qui empruntent aux anciennes civilisations humaines (Égypte antique, Moyen-Âge européen, etc.), sont déjà un régal à parcourir ; et autant la voix offerte qui nous accompagne, assimilée à une sorte de divinité abrahamique invisible, est vénérable de gravité ; autant c'est ce qui se déroule entre les énigmes et ces voix qui m'a le plus intrigué.

   On a ainsi, au long de l'aventure, des terminaux d'ordinateur avec lesquels nous pouvons interagir. Mais ces objets, s'ils nous renseignent parfois sur l'intrigue générale, sont surtout l'occasion de discuter avec un curieux personnage, un genre de Socrate ou de sophiste déluré, qui nous pousse mentalement dans nos derniers retranchements. C'est une dialectique bizarre, mais cruellement bien écrite, qui interroge notre identité même en qualité d'humain, notre morale et notre éthique.

   Ces discussions sont parfaitement facultatives, et sans doute pourra-t-on les trouver pompeuses et inintéressantes : on peut donc les passer sans aucun scrupule, leur parcours n'influence aucunement la résolution de l'aventure. Mais quant à moi, j'ai particulièrement adoré cet ajout. Les énigmes étaient extraordinaires ; les environnements, délicieux ; la narration, brillante ; mais ces ordinateurs-là, c'est ce qui m'a fait définitivement basculer et qui a consacré The Talos Principle parmi mes jeux favoris.

   Cela ne cessera jamais de me surprendre, que l'on peut adorer absolument une œuvre, quelle qu'elle soit, non pour ce qu'elle est en son cœur, mais pour une nuance ou une couleur satellite ; comme si notre regard était plus perçant qu'on ne pensait, comme si nous étions toujours des détaillantes ou des détaillants ; comme si notre amour des choses était plus complexe que tout, et qu'on le savait.

 

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