Fables (1668-1694, La Fontaine)

Publié le par MathieuGoux

   Il y a des textes qui traversent les générations et qui rassemblent, autour d'un feu, les aïeules et les arrière-petits-enfants, les tantes et les cousins, les uns et les autres. On a toujours une anecdote, on se souvient des mêmes vers, il y a des proverbes nés de tout cela ; pour un peu, ça ressemblerait à quelque chose.

 

 

   Il y a Le Cid, il y a Bérénice ; mais les Fables sont sans doute ce qu'il y a de plus universel dans notre éducation collective. Même les cancres et les absentes ont retenu des choses, par accident peut-être : d'une raison du plus fort, qui est toujours la meilleure ; que cela vaut bien un fromage, sans doute ; qu'il fallait danser, maintenant. D'expérience, il me semble que les gens se rappellent de l'origine de ces phrases, de l'auteur ne serait-ce : c'est une belle exception.

   Est-ce lié à l'apprentissage, par cœur souvent, de ces fables, ou encore de leur récitation ? Elles sont sans doute plus narratives que tel ou tel poème, que l'on peut ne pas comprendre enfant, dont la métrique peut perturber, qui a un tout autre enjeu. Car il faudra rendre ça à La Fontaine : ses animaux ont habité bien des imaginations puériles.

   Il est vrai que pour les allégories animalières, le Chat Perché a davantage ma préférence ; mais il m'arrive, c'est vrai, davantage de relire un peu des Fables que les mésaventures de Delphine et Marinette. J'ai plusieurs recueils, en vérité : un de mon enfance, gardé depuis le collège ; un plus sérieux, pour les études ; un autre acheté par désœuvrement, parce que je trouvais la couverture jolie. Il y a finalement peu d'œuvres que j'ai, ainsi, en plusieurs exemplaires. Quelques uns sont en double : une Astrée, je ne sais pourquoi ; quelques Flaubert, un peu de Hugo. Mais en triple, il n'y a guère que ces souris, ces lions et ces loups qui peuvent s'en revendiquer.

   Petit, justement, je ne dirais pas que ces fables me fascinaient particulièrement ; mais, il est vrai, je les trouvais chics. Je suis un enfant de la ville, si ce n'est d'une petite ville ; la campagne était quelque chose de passé et de lointain, de presque légendaire. Alors, elle pouvait bien ressembler à cette campagne du XVIIe siècle, aux gravures de Gustave Doré, à ces culottes longues : et, je dois dire, ça me plaisait assez.

   Suis-je devenu plus sage, un jour, en lisant une des Fables ? Je ne crois pas, du moins, ce n'est pas ce texte qui me vient immédiatement en tête. Sans doute, et sur ce siècle ne serait-ce, Corneille et Racine, La Bruyère, même Bossuet ont su davantage m'inculquer quelque chose de grand et de noble. Davantage, peut-être, ai-je trouvé là une sorte de tranquillité ou d'envie, un jour, d'écrire moi-même.

   On y pense peut-être pas assez, parce qu'on veut surtout que les gamins lisent : mais les cours de français, et les livres, donnent envie de composer. Avec ces vers libres et ces peintures naturelles, avec ces vers qui ressemblent davantage à de la prose qu'à de la poésie, avec ces histoires qu'on comprend bien : il y a une évidence des Fables qui en fait comme le meilleur plaidoyer des plumitifs. Alors certes, Bérénice m'a fait pleurer : mais le Renard m'a fait écrire.

 

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