Baba is You (2019, Arvi Teikari)

Publié le par GouxMathieu

   J'aime les jeux d'énigme et de réflexion, depuis toujours ; et ce même si je ne suis pas toujours doué à ceux-ci. Le jeu vidéo a cependant cet avantage, que les solutions et les guides aident même les plus incertains à progresser et à profiter finalement de l'œuvre.

 

 

   Baba is You est un jeu fascinant, dont j'avais déjà longuement parlé dans mon émission radiophonique "Ludographie Comparée" (lien). Il est aussi particulièrement connu dans les sphères du jeu indépendant, et du jeu d'énigmes ; aussi ne m'attarderais-je pas franchement sur son concept, dont je rappelle les grandes lignes. Ici, il s'agit de modifier l'environnement de jeu au moyen de prédications réduites, chaque élément d'une phrase, le topique, la copule, l'objet, étant un bloc que l'on peut modifier et réarranger à la loisir. Ces prédications sont les règles, toujours mouvantes et temporaires, du tableau en cours.

   Ainsi, "Baba is You" vous met aux commandes de Baba, une sorte de chien blanc devenu symbole du jeu ; "Wall is Stop" vous empêche de traverser les murs mais il suffit de changer la troisième partie de la phrase, et écrire par exemple "Wall is Push" pour que l'on puisse, cette fois-ci, pousser les murs et progresser. L'objectif sera toujours de créer une phrase du type "X is Win", et de remplir la condition pour finir le tableau en cours.

   L'ingéniosité, émanant de la belle simplicité du concept, a été particulièrement commentée. Sa plasticité, également : tandis que certains tableaux, les derniers généralement, vous contraignent à respecter une certaine série d'actions pour les achever, d'autres, les plus nombreux en vérité, acceptent bien des chemins et autorisent bien des expérimentations. Le faible nombre d'éléments disponibles, toutes choses égales par ailleurs, autorise les problèmes les plus fous : les objets les plus rares sont mathématiquement les plus contraints, et ne servent guère qu'à varier la cadence, sans engager la forme première du jeu.

   En tant que linguiste, je ne pouvais pas ne pas aimer ce jeu tant il joue avec les fondements même de la syntaxe naturelle : et même si, comme je le note dans l'émission de "Ludographie..." lui étant consacrée, il ne prend que l'apparence des choses et non leur fondation, j'ai une fascination particulière pour le principe, auquel je reviens souvent. Cela, et la musique, particulièrement planante, du jeu ; le développeur la composa, et j'encourage à s'y perdre tant elle est agréable.

   Si j'aime Baba is You cependant, au-delà de ses qualités et de son propos, c'est aussi pour sa tranquillité et sa méthode, sa légèreté d'exécution. Si j'aime les jeux d'action et de plates-formes, voir l'horreur parfois, toujours je reviens vers ce genre de tranquillité et de dépaysement, de paix. Je joue tant pour l'exaltation que pour la sérénité, j'aime à aller et venir, entre deux tâches et un jeu vidéo, entre deux jeux vidéo et une bande dessinée, papillonner et ne jamais me poser, mais être toujours concentré dans la longueur. J'aime à m'investir en mes propres termes, mais rarement m'autorise-t-on à le faire.

   Baba is You a cette qualité-là et, à mon sens, c'est la meilleure et la plus belle. C'est un jeu qui prend le temps d'exister, qui se plaît dans sa torpeur. Je ne sais si l'origine, finlandaise, du développeur y est pour quelque chose mais je retrouve de mes souvenirs helsinkiens dans cette ambiance, ce silence glacé des lacs gelés et de la neige ronde qui tout étouffe, et tout éteint. Jouer à Baba is You, c'est faire l'expérience de la tranquillité : le montaignien que je suis ne pouvait que l'aimer.     

 

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