Le Pacte des loups (2001, Christophe Gans)

Publié le par GouxMathieu

   Quand je pense au cinéma français, et à tort sans doute, je ne pense pas vraiment à l'action, davantage à la comédie, voire au drame. Malgré tout, j'en retiens quelques uns : Le Pacte des loups, surtout, qui me fascina jadis, et m'intrigue encore maintenant.

 

 

   Laissons de côté les incohérences historiques, les abus, les détestables raccourcis : cela ne me regarde pas ici. L'imaginaire, en revanche, m'avait captivé, adolescent. Cette imagerie de la "bête", qu'elle soit du Gévaudan ou d'ailleurs, me traverse et en Normandie encore, où je vis ces jours-ci, l'on parle d'une "bête" qui aurait terrorisé les habitants ; feu mon grand-père, du Poitou, me racontait de similaires intrigues en sa jeunesse. Entre mythologies de tarasques et peurs collectives, il y a un espace pour ces loups de fables et de contes.

   Le film reprend une théorie, dit-on, défendue par quelques personnes se piquant d'histoire et de cryptozoologie, du gros loup ou du gros chien domestiqué, entraîné pour goûter de la chair humaine et envoyé sur la population locale, pour un projet obscur, à chemin entre la secte bizarre, le complot anti-royaliste et la méchanceté gratuite.

   Je l'avoue en toute sincérité, revoyant le film, l'histoire m'a cette fois-ci laissée plutôt froid et à dire vrai, je l'avais quasiment oublié. Il y avait bien quelques vignettes, ci et là, mais c'étaient davantage des dialogues, des pastilles, des décors : tout le reste était comme fondu dans un flou artistique où se perdaient les visages et les noms. En revanche, les combats, les cascades ; même certains effets spéciaux, démesurément ridicules aujourd'hui (et donc, parfaitement charmants) me capturèrent et me capturent encore.

   Il y a cette séquence inaugurale, sous une pluie lourde et la boue, qui fait venir le kung-fu en pleine Lozère, et les pirouettes du nouveau-monde dans la pittoresque et pastorale campagne : Chateaubriand, à peu de choses près, décrivaient les mêmes scènes. Il y a ce combat final, avec cette épée venue, nous dit-on, de Soul Calibur, bizarrement à sa place dans cet univers ; il y a la décadence à venir, la méfiance générale, une sorte de tristesse bizarre.

   Car il y a, même si l'histoire n'est franchement pas - à mon goût, tout du moins -, le point fort de ce long-métrage, comme un soubassement politique des plus bizarres, une sorte de tendresse contre-révolutionnaire que j'ai toujours trouvée déplacée ou, du moins, discordante. Le film est raconté en analepse, ce sont les mémoires d'un noble qui assista le chevalier lors de son enquête. Il met ses souvenirs au clair, car "la Révolution est devenue Terreur" et il sera, à la fin de l'intrigue, poussé à la guillotine sous le regard marri de ses fidèles domestiques.

   Alors, peut-être lis-je trop loin ici, peut-être n'est-ce jamais qu'une sorte d'astuce, pour situer temporellement les faits et les rendre, à défaut du vrai, vraisemblables ; je me méfie cependant, comme cette histoire oppose des sangs-bleus à la masse informe de la populace, les nommés aux dé-nommés, les individus nobles aux informes ig-nobles. On présenta jadis la bête comme un complot des Lumières, pour renverser le Roi : il y a des libre-penseurs dans le film, et je ne suis pas convaincu de comprendre ce que l'on veut me faire comprendre.

   Je grossis peut-être le trait, mais il faut dire que l'épanadiplose ne facilite en rien son oubli. Passons, et revenons. Le Pacte des loups a sans doute les défauts de son genre, l'exaltation de la force, la méfiance de l'intellectualisme, l'action comme réponse aux exactions. Ce que l'on pourrait reprocher au cinéma d'action américain, du moins, dans ses pires représentations, on le retrouve ici : ce n'est qu'évidence, et je ne serai pas chauvin.

   Mais tout comme j'aime à voir ces films d'escogriffes musclés ; tout comme j'aime à plonger dans ces fables viriles, c'est comme un plaisir secret : je ne peux pas tout à fait haïr celle-ci. Je lui reproche, finalement, de ne pas être meilleur : mais le bien est bien fait, et j'y reviens coupablement certes, mais sans trop le regretter.

 

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