Hector Kanon (2006 - en cours, Libon)

Publié le par GouxMathieu

    J'avais parlé, il y a de cela longtemps, d'un projet de Libon, Jacques, le petit lézard géant. Je reviens alors parler de son auteur et d'un autre projet, qui vit le jour non plus dans Spirou mais dans Fluide Glacial, Hector Kanon.

 

 

   Pour un peu, je pourrais considérer Hector Kanon comme le versant "adulte" de Jacques. On y retrouve ainsi l'absurde des personnages dont les réactions vont à l'encontre de ce à quoi l'on peut s'attendre, cette oralité à base de "Pff, oui mais oui" et de "Non mais non haha, non", mais on y substitue la légèreté d'une bande dessinée pour enfants à des blagues vicelardes et à des réflexions sur l'alcool. Le rendu est parfaitement superbe et j'en redemande, même si les nombreux projets de Libon l'empêchent de se consacrer pleinement, et c'est compréhensible, à cette série en particulier.

   La série tourne alors autour d'Hector Kanon, "une certaine élite" comme le dit le premier album, qui pourrait être considéré comme un "bobo". Vivant à Paris (le reste de la France, y compris la banlieue, c'est pour les cochons) dans un loft immense, faisant un métier de designer (sans autre précision), bougeant la nuit et dormant le jour, buvant des quantités industrielles de malibu-coco et s'achetant les derniers téléphones et les dernières télévisions, les plus chères et les moins utiles, il a tout du personnage énervant. Et il l'est.

   Mais ce n'est pas, comme pour d'autres anti-héros, JR ou Vautrin, qu'il est énervant de méchanceté, non : il est énervant de suffisance, d'enthousiasme pervers, de superficialité, bouffi d'orgueil. Il se vante d'avoir couché avec plus de mille femmes ; de redécorer l'esprit urbain d'un vendeur de kebabs ; d'avoir les chaussures les plus pointues au monde, au point que toutes les autres semblent à bout rond ; de boire du champagne par le cul et de voir Klaus Nomi.

    L'on pourrait faire, quelque part, une étude sociologique de cette bande dessinée tant le sarcasme et le discours presque "politique" transpirent des cases. Je me contente, tout personnellement, de rire à gorge déployée et d'aimer profondément ce dessin, ce rythme, ces dialogues jolis. Sans prétention aucune, sans vouloir révolutionner son art, Hector Kanon me plaît.

   Et c'est là, encore, un exploit mémorable. 

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