Leisure Suit Larry III: Passionate Patti in Pursuit of the Pulsating Pectorals (1989, Al Lowe)

Publié le par GouxMathieu

   J'ai toujours aimé travailler, réfléchir, me détendre en série : comme notre culture est ainsi faite, de reprises en refontes et de refontes en réécritures ; comme j'aime énormément ces exercices d'autre part ; et comme la culture populaire, enfin, aime à poursuivre plutôt qu'à commencer ; je reparle ici de Leisure Suit Larry après, il est vrai, une petite ellipse.

 

   J'avais parlé du premier épisode de cette série mettant en scène un informaticien puceau souhaitant perdre sa virginité, et les mésaventures qui découlaient de ses tentatives ; de la sympathie que l'on ressentait pour ce personnage, malgré l'incongru de sa quête et le ridicule de ses contours ; enfin, de l'importance du jeu lui-même dans l'économie de son média. 

   Malgré ce succès inaugural, populaire surtout, critique moindre, le deuxième épisode remettait Larry sur la route du grand amour après une énième déconvenue mais l'éditeur, peut-être pour espérer augmenter les ventes, demanda à Al Lowe de rendre son jeu moins coquin. Leisure Suit Larry Goes Looking for Love (in Several Wrong Placesse fait bien moins irrévérencieux et ce quand bien même s'agirait-il encore de trouver l'amour et de rencontrer plusieurs femmes petitement vêtues. Cependant, les joueurs eurent davantage l'impression de s'essayer à un King's Quest, ou à un Space Quest se déroulant à l'ère contemporaine qu'autre chose.

   Le troisième épisode revient alors sur les errements du précédent et décide de se faire bien moins sage. Il se voulait également épisode final d'une trilogie permettant à Larry, et également à Patti qui fait ici sa première apparition, de trouver l'amour et de cesser de se comporter comme des adolescents. Les aventures de Larry et de Patti se poursuivront pourtant ; mais fut un temps où cet épisode allitéral, si je puis dire, était effectivement le dernier.

   Il y a, ce me semble, comme une odeur de fin de règne dans ce jeu. Larry, devenu propriétaire d'un complexe de loisirs mais mari malheureux, rêve à des lendemains meilleurs et saute sur tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à une femme après avoir signé son divorce ; Patti, joueuse et chanteuse de piano-bar, a en assez de multiplier les conquêtes superficielles et cherche celui qui saura la satisfaire tant physiquement qu'émotionnellement. Les deux se croisent : Larry cherchait une aventure, et trouvera l'amour ; Patti croyait s'ennuyer, elle trouvera l'homme de sa vie.

   Le jeu se veut également très ambitieux, bien plus que les autres titres de Sierra de son époque et si ce n'était son propos, et son déroulement, éminemment parodique et coquin, érotique par endroit, il aurait sans doute pu être le chef d'œuvre inaltérable de son temps. Space Quest souvent se prêtait à la légèreté, mais il ne quittait guère l'esprit de la "grande aventure" qui en faisait l'égal des jeux de Roberta Williams, seul le décor changeait ; quant à King's Quest ou Police Quest, ils étaient comme ces premiers de la classe, malicieux parfois certes, mais toujours studieux. Leisure Suit Larry, parce que se contre-moquant ouvertement de conduire son histoire rondement, s'écarte volontairement des sentiers battus et n'a nullement peur de s'aventurer dans l'expérimental.

   Ici, on dirigera donc successivement et Larry, puis Patti dans la jungle étouffante ou un hôtel de luxe ; on verra des seins et de beaux galbes, mais les scènes les plus truculentes se dérouleront dans une semi-pénombre ou en ombres chinoises, cachées derrière un rideau ou une plante, on devine plus qu'on ne voit ; les dialogues nous permettent d'intervenir dans l'écriture, souvent sommes-nous sollicités pour inventer un juron, une réplique, une blague ; enfin, les derniers moments sont consacrés à une grande rétrospective des jeux Sierra et on verra l'envers du décor, les écrans titres de carton-pâte, les bures des personnages secondaires et même les caméras filmer les séquences d'action.

   Malgré ces immenses qualités d'écriture, revenir à Leisure Suit Larry III est difficile. Non, peut-être, à cause de son interface, mais bien à cause de sa difficulté. Les épisodes précédents étaient déjà compliqués, mais un peu d'esprit permettait d'éviter les pièges les plus dangereux ; ici en revanche, une solution sera la bienvenue tant rien ne saurait vous préparer par avance aux pièges à éviter. On prendra alors garde de se protéger, au moins de la frustration, pour éviter les déconvenues futures et on découvrira ou redécouvrira ce qui pourrait être, quelque part, l'un des classiques les moins joués du média.

 

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