Super Mario Sunshine (2002, Nintendo)

Publié le par GouxMathieu

   Je rejoue régulièrement aux platformers Mario, que j'ai déjà évoqué ici ou . Leur bonhomie, leurs couleurs, leur insouciance générale construisent une sorte de "zone de confort" me renvoyant à ces paradis de l'enfance et du joujou, me rassurant et m'ensoleillant d'une gentille lumière.

 

 

   De tous cependant, Super Mario Sunshine est sans doute celui vers lequel je reviens le plus facilement. C'est étrange, car il est loin d'être, dans l'absolu, mon préféré, en général ou même dans cette sous-catégorie des jeux en trois-dimensions ; lorsque j'y reviens, je ne m'entête pas même pour le terminer mais y joue cinq ou six heures. Je m'arrête alors, le début étant clairement le meilleur moment de ces aventures ; je le range puis je l'oublie, avant d'y revenir l'année suivante, ou l'année d'après encore.

   Je m'arrête, car arrive un moment, au tiers du parcours global notamment, où les défauts cumulés de l'aventure, qui sa caméra perfectible, qui ses objectifs obscurs, qui son rythme empâté, grignotent trop ses indéniables qualités. Je demeure alors dans ce premier moment d'exaltation joyeuse, parfois je reprends une ancienne sauvegarde pour feuilleter l'aventure comme on le ferait d'un recueil de poésie, je cours qui à gauche, qui à droite, m'amusant des plus simples choses.

   Il est un indéniable plaisir à la manipulation du plombier dans cette aventure, davantage que dans Super Mario 64, le confort ayant évolué, et même davantage que dans Super Mario Galaxy, qui simplifiera les possibilités de jeu pour se concentrer ailleurs. En fait, je n'aurai retrouvé ce confort que quinze ans plus tard, avec ce Super Mario Odyssey récemment sorti et dont je vante à quiconque les mérites. Pendant longtemps cependant, et même si celui-ci semble pouvoir détrôner les anciens hiérarques, c'était Super Mario Sunshine qui à mes yeux était le plus finement fourbi.

   Cependant, s'il l'est à mes yeux, ce n'est pas grâce à ce jet-pack bien polémique, qui multiplie les capacités du héros : tout au plus facilite-t-il sa progression plutôt que de réellement la nuancer, les grands spécialistes s'amusant à virevolter quasiment sans employer l'artifice. Ce sont des choses difficiles à expliquer pour qui n'a jamais joué au jeu, pour qui n'a jamais vu, et senti, la relation presque organique entre notre doigt, la manette, et le personnage à l'écran. Pour l'une des trop rares fois dans mon long parcours de ce que le média vidéoludique peut m'offrir, je sentais Mario, ce plombier bedonnant et moustachu, comme l'un de mes organes ou une extension d'un autre. L'espace d'un instant, les frontières virtuelles s'effument, et ne reste que l'évidence.

   Super Mario Sunshine est un jeu "évident", je pense que c'est ainsi que je présenterai les choses. J'y reviens pour ses contrastes vifs, plus que d'autres, c'est un rayon de soleil enfermé dans un disque de jeu, une chaude lumière qui nous étreint et nous rend immédiatement heureux ; mais j'y reste pour cette évidence de jeu, pour cette continuité parfaite entre mon corps et le média, cet état de stase presque, pourrait-on dire, qui me fait mal me sentir lorsque la partie s'arrête. C'est comme si l'on m'avait enlevé un vêtement auquel je tenais, ou que je m'étais fraîchement rasé, ou coupé les cheveux : je sens comme un vide, un manque biologique que je ne peux compenser, puis je l'oublie.

   Il ne s'agit pas ici d'une drogue, pas à proprement parler et pas de la façon dont les addictologues notamment, peuvent le présenter. C'est cette évidence de l'habitude, de l'immédiat, qui conditionne mes gestes, et c'est aussi pour ne pas rompre cette illusion magistrale que je m'arrête avant que l'esprit du jeu, son artifice, ses mécanismes mathématiques, ne s'impose à mon esprit. Mais ces quelques heures de plaisir tranquille, c'est comme retrouver un ancien ami. J'ai évolué, il est resté le même : et nous sommes toujours heureux de nous revoir.

 

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