The IT Crowd (2006 - 2013, Graham Linehan)

Publié le par GouxMathieu

   Il y a bien longtemps, j'ai parlé ici de The Big Bang Theory. Je m'en suis éloigné depuis, pour diverses raisons qui d'écriture, qui de propos, qui fleurent bon la misogynie voilée. Je ne le comprenais pas à l'époque, je l'ai appris depuis ; on grandit. Je n'en ai que bien plus apprécie The IT Crowd, qui est non seulement l'origine du premier, mais qui parvient également à s'en détourner magistralement.

 

   Le principe initial de cette série est, plus ou moins, identique à Big Bang Theory. Dans un bâtiment d'affaires à la mission nébuleuse, une jeune femme mentant sur son CV se retrouve propulsée directrice du département "IT", ou "Dépannage informatique", maintenu par deux informaticiens peu ravis de voir leur tranquillité dérangée par l'intruse. Progressivement cependant, la fine équipe parviendra à travailler de concert et à affronter diverses péripéties grotesques.

   On appréciera alors la dynamique bien plus intéressante ici : si Jen, ladite nouvelle directrice, ne connaît strictement rien à l'informatique et à la culture "geek", elle ne sera point le centre d'intérêt qu'une quelconque romance, ces geeks la considérant surtout comme une inculte et une empêcheuse de nerder en rond ; quant aux dits informaticiens, s'ils manquent volontiers de repères sociaux, ils ne manquent néanmoins d'en être conscients et se corrigent, cherchent à s'intégrer, sont sincères dans leurs démarches.

   Partant, la dynamique se déporte notablement ; et bien que la série fasse fi de références exactes, ce qui reste cependant l'un des charmes, du moins initiaux, de Big Bang Theory, elle la récupère magistralement en termes d'intelligence et de sensibilité. On n'aura donc là point de mentions de tel ou tel super-héros, ou de jeux vidéo cités avec une exactitude honorable, mais des évocations nébuleuses de telle ou telle idée. La progression se resserre alors sur les personnages, elle est centripète et non plus centrifuge : et il est agréable d'en apprendre davantage sur cet aréopage augmentant légèrement au cours des saisons, avec le patron de l'entreprise, Reynholm, particulièrement déjanté, ou encore Richmond, yes man transformé en fan incontesté de Cradle of Filth qui en devient même bizarre pour nos informaticiens réguliers.

   Leur dyade, par ailleurs, fonctionne particulièrement bien. Roy est sans doute le plus "normal" des deux, volontaire bien qu'atrabilaire ; "Moss" quant à lui est plus éparpillé et décalé mais il renvoie également davantage à toute une tradition de l'humour britannique à laquelle je suis sensible, héritée des Monty Python notamment, et je ne peux faire autrement qu'aimer le ton monocorde avec lequel il aborde toute situation, tout en s'autorisant quelques fulgurances qui de colère contenue, qui de joie légère, qui le rendent particulièrement attachant.

   Les séries britanniques, cela est connue, ont un rythme de parution des plus léger, et on n'aura donc là que vingt-cinq épisodes. C'est suffisant : le principe ne s'autorise guère davantage de liberté, et on sait que Big Bang Theory souffre et a souffert en réalité, très rapidement, de la redite. Aussi, on mange The IT Crowd comme n'en ayant pas l'air et certaines blagues ont fait résolument mouche, du moins, on les retrouve encore aujourd'hui répétées à l'envi, témoin de leur efficacité.

   La série gagne à être connue, et à être redécouverte. Elle présente des humains, rien de plus, et leurs centres d'intérêt parfois étranges, le jeu de rôle, la micro-informatique, mais sans porter ici un regard d'étrangeté ou de fanatisme. On ne cherche pas à dénigrer, on cherche à inclure : et j'ai toujours au fond de moi ce petit bonheur sucré, lorsque j'entends Moss me parler du bout de code qu'il a écrit la nuit dernière.

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