La Leyenda de la Mancha (1998, Mägo de Oz)

Publié le par GouxMathieu

   Fut un temps où mon jeu favori était de découvrir de nouveaux groupes de musique selon un critère géographique. Je choisissais un pays, loin de mes habitudes : j'explorais, et je sélectionnais ce qui me plaisait le mieux. Ainsi découvris-je Guru Guru ; Laibach ; Rhapsody of Fire. Et ainsi découvris-je Mägo de Oz, sans savoir que je ne faisais que rattraper un retard d'ignorance.

 

   Ignorance, car ce groupe de rock'n roll espagnol fait partie des plus connus, et de leur pays, et du monde de la musique en général. Leur style est difficile à étiqueter absolument, et varie du hard rock à l'heavy metal, du progressif au folk ; bref, tout ce qui peut et a pu un jour me plaire en musique. Après avoir donc appris leur existence, je me plongeais, avec une méthode toute scientifique presque, dans leur discographie. Je finis néanmoins par graviter par ce qui est reconnu, de l'avis des amateurices comme des critiques, comme leur album le meilleur : La Leyenda de la Mancha, recréation magique du Quichotte que tout un chacun connaît.

   Toutes choses égales par ailleurs, l'album suit agréablement, en le modernisant cependant, le roman original dont la mythologie est comme ancrée dans chacune de nos fibres. Ce personnage étrange, tout imprégné des exploits chevaleresques des mondes d'antan et qui, pris d'une douce folie, parcourt l'Espagne en croyant secourir princesses et manants, voit son picaresque voyage raconté musicalement de main de maître.

   La piste première, "En un lugar" ("Dans un village..."), qui reprend le célèbre incipit de Cervantès, nous met parfaitement dans l'ambiance et colore, d'un petit air pastoral et d'une cornemuse ancienne qui cède lentement sa place à une batterie militaire et une guitare électrique, tout ce qui suivra. L'effet est saisissant, et je me souviens encore du premier soir où, halluciné et calme, un verre de bière à la main, je me plongeai onctueusement dans ce nouveau monde à la croisée du littéraire et du musical.

   Le reste est à l'avenant ; mais tout comme l'initié gravitera, comme j'ai gravité, vers cet album, l'on finira par venir insensiblement à "Molinos de Viento", situé comme au centre de ce parcours conceptuel et qui illustre, bien entendu, l'un des épisodes les plus fameux du texte. Je ne connais pas l'espagnol, mais j'appris quelques versets ; et quand bien même ne seraient-ils pas les mieux inspirés de tout l'histoire de la poésie ni du rock'n roll, je les chantonne parfois... "No todo es blanco / O Negro : es gris".

   Comme j'ai eu l'occasion de le dire plus d'une fois, j'aime les reprises, et j'aime le concept ; et cet album réunit aussi magiquement ces deux amours. Certes, la reprise est comme transartistique, la réécriture dépasse les bornes de la lettre pour tendre vers le total, l'absolu, l'harmonique ; et bien qu'il manque, peut-être, un peu de danse et d'architecture pour atteindre cet idéal, je pense que nous tenons-là l'un des essais les plus honnêtes de l'histoire moderne.

   Alors oui, je serai honnête : au regard d'autres artistes dont j'ai pu parler ici, les Dio, les Beatles, les Sylvestre, Mägo de Oz ne fait pas véritablement partie de mon panthéon. Ce coup de génie n'est qu'une fulgurance, dans une production que je juge, à l'aune de ma sensibilité, peu notable. Mais quelle fulgurance ! Comme la comète de printemps, elle brille et se consume. Mais après elle l'on fait des prophéties, après elle l'on espère la grandeur : et je préfère encore être meilleur une fois, que bon sur la longueur.

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