Anne Sylvestre (née en 1934)

Malgré les battements de cœur écartelés du rock'n roll ou la suave transparence du jazz, c'est la chanson à texte qui m'a tout d'abord attiré, et à laquelle je reviens constamment. J'ai parlé de Brel, de Brassens, de Gainsbourg, de Renaud : ce sont les noms les plus évidents, mais force est de constater qu'ils ont pu mal vieillir au regard de notre monde contemporain. Anne Sylvestre, elle, se fortifie.
Chanteuse dégagée, se disait-elle : mais la politique sourd davantage du hasard que du choix dans la poésie. Le manifeste devient intime dans le Chant général ou le Cahier d'un retour... ; la nostalgie des Regrets est au contraire prompte à se nationaliser. Parmi cela, où se situe Anne Sylvestre : partout et nulle part, en ai-je l'impression. Elle ne cesse de grandir, et ce qui semblait léger jadis, devient grave maintenant : la vaisselle ne se brise plus, elle témoigne de sa saleté, le mur a pleuré, peut-être ne sait-on pas encore s'aimer.
Il me semble qu'il y a toujours cette tendance cependant, de trouver du sensible dans l'engagement, chose peut-être même plus fréquente chez les musiciennes que chez les musiciens, à ce qui me semble. Mais chez elle, je n'ai jamais vraiment opéré de substitution : j'ai davantage additionné que soustrait, et cette manigance sédimente l'intérêt sincère que je puis avoir.

La poésie, la chanson, est un moment complexe, plus complexe que je ne peux vraiment le dire. On ne peut écrire sans estomac, et tout ce qui se lit est un jour parti des viscères, du cœur comme organe de sang et de bile. Mais c'est comme une amputation, le texte n'appartient plus vraiment à la main qui l'a porté : et les conséquences des lectures sont moins mesurables que l'espace séparant la lune d'elle-même. Un roman tua John Lennon ; une chanson manqua d'atteindre un ancien Roi ; Chateaubriand répondit en alexandrins aux bastillards qui lui présentaient des têtes décollées.
Je n'ai cependant jamais totalement cru au pouvoir de l'écriture, ou à celui de la chanson, qu'on le sache ou non. Son utilité est, et je me retrouve en Anne Sylvestre en cela, purement solipsiste : "écrire et ne pas me foutre à l'eau", écrire pour survivre, pour écrire un jour suivant. Il y a cette façon particulière, de ne jamais rédiger qu'en parlant de soi, et que de soi - et tout ce que j'ai pu écrire ne renvoie jamais qu'à ma personne, d'une façon ou d'une autre -, et d'écrire dans l'espoir qu'un autre comprenne, se comprenne plutôt que de comprendre l'auteur qui, de toutes façons, n'a jamais réellement existé.

Faire d'Anne Sylvestre, comme on le voit et comme on l'entend beaucoup, une chanteuse engagée et féministe, c'est encore trop la réduire, c'est la mettre dans une certaine case, la catégoriser et tout lire par cet unique prisme. C'était ma façon d'alors, avec elle et avec d'autres : et tout comme l'on peut lire Claudel intégralement sous l'angle d'un christianisme idolâtre, l'on peut faire de chaque note une barricade et de chaque vers une baïonnette.
Las ! Ce ne sont que les musiciens, les musiciennes, qui manient les instruments. Dire cela, c'est aussi oublier la souffrance d'un idéal déçu ; l'espoir d'une bataille qui aura été gagnée, reperdue, gagnée encore, ou perdue à jamais ; une joie et une souffrance mêlées, les deux variant au hasard des journées et des soirs, des pensées et des discussions. L'insaisissable, le mystique, mais également le normal et le logique ; la part de vérité, et la part de mensonge ; l'attendu lorsque l'inattendu sourd, et la surprise d'une journée tranquille.

Comment pourrait-on parler de toutes, de tous, si l'on ne parle pas de soi ? Je rencontrais bien ça chez Renaud jadis, tout comme je le croisais chez Montaigne ou Marie de France. Ce qui est fort ici, ce qui est fort ailleurs, ce n'est pas le général et la grande théorie, ou le militantisme abstrait et intellectualisé, ratiociné : c'est l'association organique avec l'ensemble, tout en dégageant son existence propre. C'est être "comme les autres", en étant unique ; c'est ne plus être trompé par le mythe de l'exceptionnel, en y croyant pourtant avec sincérité.
Cette contradiction, ces contradictions, ne sont pas destinées à se résoudre. C'est leur tension, leur écart, qui leur donne mutuellement richesse. Entre le discours du réel et l'irréel de la langue, je me refuse de choisir : entendra qui veut, ce qu'il veut. S'il faut être proche du vrai, et si Anne Sylvestre nous l'aide à le voir, quel grand talent a-t-elle ; et s'il faut entendre la fissure de l'abîme, et voir par un pertuis les tréfonds de son âme, quel grand talent elle a. Ce qui reste, et ce n'est pas rien, n'appartient qu'à elle, ou à moi, ou à vous.
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Wyrd Sisters (1988, Terry Pratchett)
Inscryption (2021, Daniel Mullins Games)
Orgazmo (1997, Trey Parker)
Fluide Glacial (1975 - en cours, AUDIE)
A Few of my favorite things (5)
Jacquou le Croquant (1899, Eugène Le Roy)
Donkey Kong Country 3: Dixie Kong's Double Trouble! (1996, RareWare)
Les Guignols de l'Info (1988-2018, Alain De Greef & Alain Duverne, auteurs divers)
Kador (1978-1982, Binet)
Little Shop of Horrors (1982, H. Ashman & A. Menken)
Le Petit Chose (1868, Alphonse Daudet)
The Legend of Zelda: Link's Awakening (1993, Nintendo)
Columbo (1968-2003, Richard Levinson & William Link)
Cédric (1986 - en cours, Cauvin & Laudec)
Des nouvelles (février 2026)
Renaud cante el' Nord (1993, Renaud)
The Bizarre World of Fake Video Games (2025, Super Eyepatch Wolf)
Hades II (2025, Supergiant Games)
Evil Dead 2: Dead by Dawn (1987, Sam Raimi)
Walking Dead (2005-2020, Robert Kirkman et al.)
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