Super Mario Maker (2015, Nintendo)

Publié le par GouxMathieu

   J'ai une relation complexe, d'amour et de rejet, pour les jeux de création et d'élaboration, tels les Civilization dont j'avais alors parlé. Il y a quelques années de cela cependant, Super Mario Maker me fit douter : par l'évidence de son principe et l'intelligence de ses contours, il m'invita à me croire poète ; médiocre certes, plus poétereau que lauré, mais poète néanmoins.

 

 

   Jadis, j'avais parlé de mon amour pour les Kaizo, ces hacks des jeux Mario particulièrement retors, mais aussi incroyablement agréable et à jouer (pour moi tout du moins), et à voir. Si je connaissais le principe bien avant la sortie de Super Mario Maker, c'est ce dernier jeu qui popularisa chez moi le concept, et le fit aimer auprès d'un grand public. Super Mario Maker a été effectivement rapidement détourné, du moins, ses ambitions dépassèrent ses premières prétentions : on nous promettait un outil susceptible de créer notre propre aventure de Mario, on nous a en réalité offert de quoi en pervertir les codes.

   Il n'est pas à dire qu'il y avait là aucun niveau de belle qualité, au contraire : en quatre ou cinq ans d'existence, avant l'arrivée de sa suite tout du moins, des créateurices de tout horizon ont su offrir des niveaux d'une qualité rare, rivalisant avec les meilleures partitions de Nintendo et pouvant sans mal aucun prétendre à apparaître au sein d'un jeu "traditionnel". Mais une copie, d'aussi belle qualité soit-elle, ne se positionnera jamais qu'au regard d'un original. Ce que proposait ce Super Mario Maker en revanche, c'était d'aller au-delà de ces attentes.

   Il fallait alors guetter, avec une attention particulière, les niveaux portant dans leurs titres les symboles du type [1YMM] pour "One Year (of) Mario Maker" pour s'en convaincre. Ces stages créés et adoubés par la communauté la plus sérieuse car le jeu vidéo, on le sait, est une chose trop grave pour être laissé aux joueurs et aux joueuses sont des miracles de game design, de narration, d'intelligence, de détournement de ce qui fonde et un niveau de Mario traditionnellement, et un niveau de jeu vidéo en général. On propose alors des saynètes faites de bric et de broc ; on exploite des éléments de gameplay rares, des glitches ou des exploits ; on nous propose des puzzles et des combats de boss, toutes choses que le jeu ne proposait initialement, mais qu'il était cependant toujours possible de faire.

   C'est peut-être d'ailleurs ici que le jeu gagna ses plus grandes lettres de noblesse, tant dans sa façon, délurée et décomplexée, de manipuler des éléments provenant de près de trente ans d'histoire de Super Mario Bros., du tout premier épisode dont il est l'anniversaire, à la série des New qu'il autorise à explorer davantage ; mais aussi dans les limites lointaines qu'il a fixées aux joueurs en termes de quantités d'éléments à l'écran, d'interaction entre les mécanismes, d'innovations même à certains endroits. Si le jeu n'existait jamais que dans des bornes préalablement fixées par l'équipe de développement, il donnait l'illusion, suffisamment bien menée, de ne jamais devoir se terminer.

   Comme toujours cependant, les routes vont vers des pays, et les jeux finissent par devenir obsolètes. Super Mario Maker laissera bientôt à sa place au deuxième épisode, qui explosa considérablement le domaine des possibles, qui fit rêver à de toutes nouvelles expérimentations, qui a encore beaucoup à offrir. Le contraste n'est cependant pas en défaveur de ce premier épisode, qui me fit longtemps croire que je pouvais moi aussi, grâce à ces outils, devenir génial : il n'en fut rien, mais au regard d'autres jeux du genre, il me retint infiniment plus longtemps.

   C'est peut-être ici que je conclurai, et par extension sans doute d'ailleurs, que je définirai la plupart des jeux Nintendo. Comme pour les dessins animés Ghibli, j'y trouve toujours une douceur, une bienveillance, une tendresse de maître ou de maîtresse d'école qui tout gentiment, invite ta main à s'assurer sur la feuille, te sourit quand tu montes l'estrade réciter la poésie, t'encourage même dans les échecs. On pourra rire ici : c'est ainsi que je le vois cependant et Super Mario Maker, quelque part, d'être la quintessence de cette idée.

 

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