Les Ombres de l'Empire (1996, Steve Perry)

Publié le par GouxMathieu

   Tout comme j'appris, jadis, à lire avec Pif et Hercule et Placid et Muzo, c'est avec des œuvres paralittéraires, ou littéraires petitement, que le goût durablement m'en prit. Alice au pays des merveilles fut l'une des premières ; suivi, peu de temps après, par ce roman.

 

 

 

   L'univers étendu Star Wars, et particulièrement les nombreux romans composés avant que Disney, à présent propriétaire de la licence, n'efface tout pour partiellement refaire, occupa une grande partie de mon adolescence. Ces histoires anciennes ne sont plus vendues, elles ne sont plus considérées comme canoniques : il y a notamment toute une trilogie sur le personnage de Han Solo, de jeunes chevaliers Jedis passés l'épisode VI qui me font regretter, amèrement, ce qu'on nous a finalement offert ; et il y avait les Ombres de l'Empire, sans doute le plus connu de tous.

   L'histoire se déroule dans une ellipse qui, gamin, m'avait toujours intrigué : celle séparant l'épisode V de l'épisode VI. On terminait sur un désespoir presqu'infini : Luke n'avait point écouté son maître, et avait manqué de tout faire disparaître ; Han était réduit à l'impuissance, et envoyé comme trophée à un baron de la drogue ; la Résistance était plus faible que jamais. On commençait avec un Luke au sommet de sa gloire, son entraînement quasiment terminé ; Han sauvé héroïquement ; la Résistance s'était reconstruite. Que s'était-il passé ?

   Bien des choses, dites et suggérées, dans ces trois premiers épisodes étonnaient et nous en parlions beaucoup, avec les amies et amis, à la récréation. La "guerre des clones" qu'évoque Obi-Wan, pensif ; le Kessel Run ; la naissance de l'empire. Les hypothèses allaient bon train. Une encyclopédie que j'avais jadis, Behind the Magic, m'en apprenait beaucoup sur les comics books, séries télévisées, dessins animés que je ne connaissais pas, soit car j'étais trop jeune, soit parce qu'ils n'étaient jamais arrivés chez moi : et plus que les autres, Les Ombres de l'Empire volaient la vedette. On aurait pu le croire comme un quatrième film, c'était, en tout cas, une œuvre trans-médiatique, inspirant jeux vidéo, bandes dessinées et roman, qui tout initia.

   Le texte nourrit beaucoup mon imagination, il m'imposa des images et des beautés étranges, presque inédites, mais qu'on retrouvera parfois dans les épisodes I, II, III. Notamment, et quand bien même y aurait-il encore des scènes d'action, l'ambiance est plutôt feutrée, énigmatique, mouchetée. Les héros se retrouvent invités de marque sur une planète tenue de main de maître par le prince Xizor, parrain de la mafia locale et ils comprendront, progressivement, le piège que l'Empire leur a tendu. On est alors plutôt dans un roman d'espionnage, dans une sorte d'intrigue lente qui rappellera les enquêtes de l'ancienne République stellaire, plutôt dans le récit guerrier auquel on associe, à tort peut-être et surtout, l'entièreté de la saga.

   Même maintenant, même des vingt ans de lecture plus tard, le texte demeure des plus agréables à parcourir, efficace peut-être mais non sans fulgurances. Des scènes, particulièrement, me sont toujours restées en mémoire. Il y a ce moment où Chewbacca grogne, C-3PO traduit et Lando le reprend sur un superlatif ; une exploration des égouts menant à de terrifiants secrets ; plusieurs discussions sur "la façon dont le monde fonctionne" dans des métaphores que je ne comprenais point alors, et que j'apprécie mieux à présent.

   Au-delà de cela cependant, j'avais tout oublié, l'histoire, les autres personnages, même la fin du roman : il remplit évidemment sa mission, et il continue de remplir un vide qui, je crois, n'a pas encore été comblé. C'est pourtant une expérience qui est toujours restée avec moi et, de la trentaine peut-être de romans que je garde de ce passé alternatif, c'est le seul qui me revient encore en mémoire, même si par fragments.

 

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