Brave New World (2000, Iron Maiden)

Publié le par GouxMathieu

   Cela va faire onze ans que je tiens ce journal des choses qui me sont bonnes, avec la plus grande des régularités, et en onze ans, je n'aurais jamais parlé d'Iron Maiden. Trop évident peut-être, trop simple : et pourtant, car ils me sont bons, il me fallait un jour en parler.

 

   Je n'ai pas franchement découvert Iron Maiden. Leur son, leur style est si indissociablement associé au heavy metal depuis cinquante ans qu'on ne peut aujourd'hui passer une vie sans entendre, ne serait-ce, qu'un extrait ou deux de leurs chansons les plus populaires. Leur longévité riante, leur puissance sourde, donne le tournis : et même si les contempteurs disent, à l'occasion de chaque nouvel album, que ce n'est jamais que "la même chose", eh bien, cette chose même est toujours aussi bien écrite, toujours aussi belle, toujours aussi riche.

   Il y a une quinzaine d'années de cela en revanche, et comme pour parfaire mes éducations, je revenais méthodiquement sur l'intégralité de leur discographie jusqu'alors : et sans grande surprise, les grands classiques que sont, à présent, The Number of the Beast ou Powerslave me retinrent davantage que tout le reste. Et puis apparut Brave New World, peut-être pas le plus cité : mais il devint l'un de mes favoris à n'en point douter.

   Il faut dire aussi que l'univers était propice : je découvrais, dans le texte, 1984 et je découvrais, dans le texte, Brave New World d'Huxley, qui donne évidemment son nom à l'album et à ma piste favorite, même si elle n'est pas celle que les critiques retiennent généralement de l'album. Alors, il ne faudra point lire trop de continuité entre les œuvres, ou lointainement et comme adventice, c'est l'image dans le tapis d'Henry James ; cela n'a peut-être jamais existé. Je retiens cependant comme une fable douce et amère sur la fin des imageries fantastiques d'ailleurs, et que le metal a su abondamment adapté au long de son histoire. Effectivement, puisque les dragons et les reines meurent, que reste-t-il de leur univers ? Bien autre chose, et déjà Dio, déjà Alice Cooper, avaient su aller au-delà des images d'épine.

   "The Wicker Man", qui ouvre l'album, est peut-être cependant le morceau le mieux fourbi, le plus laborieux de cet album, il représente tout ce que le groupe sait faire de mieux, et tout ce qu'on aime chez lui. Le mysticisme des paroles accompagne un rythme enlevé et des guitares énervées, une batterie syncopée, qui en fait comme une chanson terminale du genre, presque une parodie : mais la sincérité avec laquelle tout cela est fait force le plus grand des respects.

   Le reste est à l'avenant même si rien n'atteint, dans mon cœur et mes oreilles, la qualité première de ces deux pistes-ci. "Out of the Silent Planet" a, semble-t-il, un grand succès d'estime ; "The Nomad" est apprécié ; je sifflote parfois "Dream of Mirrors", ne serait-ce que parce que la thématique me parle toujours et m'étonne souvent ; j'ai sans doute oublié le reste.

   Brave New World est cependant l'un de mes albums favoris, du groupe ne serait-ce, du genre sinon. Quand bien même, et je le reconnaîtrais ne serait-ce que pour mon goût personnel, serait-il inégal par endroit, fatigué ailleurs, quand bien même le génie n'aurait-il frappé qu'épisodiquement : plus que pour les autres, je reviens à celui-ci et marmotte à part moi, en me rendant au travail ou en revenant, que je vis bien dans le meilleur des mondes.     

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