The Most Mysterious Song on the Internet (v. 1984, inconnu)
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D'ordinaire, dans cette catégorie, je parle d'artistes et d'albums, de plusieurs petites chansons découvertes, c'est un peu organisé. Cette semaine, il n'en sera rien : je ne parlerai que d'une seule chanson, et encore, je ne pourrais en dire beaucoup. C'est, voyez-vous, qu'il s'agit de la chanson la plus mystérieuse d'internet.
J'ai appris son existence par l'intermédiaire de "MyHouse.wad", un niveau de Doom 2 construit par des fans et qui a défrayé la chronique par sa bizarrerie, son ésotérisme et sa malignité. La création se revendique de la Maison des Feuilles, et on peut la voir comme une sorte d'adaptation vidéoludique du roman ; et dans l'un des niveaux, on peut entendre cette musique. J'ai regardé une vidéo d'analyse sur "MyHouse.wad", comme je voulais en savoir plus sur sa création et ses thématiques, et une note précisait l'origine (ou, plutôt, la "non-origine") du morceau.
C'est une histoire fascinante, que Wikipedia présente très bien. J'en donne la substance : au milieu des années 80, sans doute entre 1983 et 1985, quelqu'un enregistre sur une cassette audio une émission de radio ouest-allemande, dédiée à la musique populaire. On y passe les succès du temps, The Cure, XTC, Heaven 17, Depeche Mode, mais également des groupes de la scène locale qui trouvaient là leur première publicité. Comme on le faisait à l'époque, Darius S., ledit quelqu'un, coupe les annonces du présentateur pour ne conserver que la musique, et se faire ainsi une compilation sympathique pour les trajets en voiture.
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Plusieurs années passent, les compilations se succèdent, les supports changent, Internet arrive : Darius numérise sa collection et sa sœur lui crée une page personnelle en ligne, pour pouvoir retrouver sa musique où qu'il soit. Il en profite dès lors pour mettre de l'ordre dans sa collection : il nomme les pistes et les artistes, date le tout. Certains morceaux, plus obscurs, plus rares, lui résistent : heureusement, le monde ne manque pas de fins connaisseurs et de sachantes doctes. En postant les pistes sur les forums, on lui répond : les discussions sont belles, la synthwave et la new wave européenne composent des histoires fascinantes, à la croisée de la technologie, de l'ingénierie et de l'art.
Une piste, pourtant, défie les hypothèses : celle de cet article. On parvient assez bien à identifier sa date : le synthétiseur qu'on entend a un timbre tout particulier qui ne trompe pas, et celui-ci a été commercialisé en 1983. Le style de la musique, de même, est cohérent avec cette époque. Pour la voix et les paroles, la qualité de la cassette originale est trop médiocre pour s'en faire une idée précise. On doute encore de certains vers, mais l'accent est indiscutablement européen : c'est un Allemand ou un Autrichien qui fredonne cette ballade tendre-amère.
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Et c'est tout ce que l'on sait. Personne ne peut en dire plus. L'histoire a pris de l'ampleur, des forums plus gros que les sites spécialisés se sont piqués au jeu, en vain. De grands journaux, Rolling Stone, Die Zeit, ont parlé de l'enquête, des Youtubeurs célèbres en ont fait des émissions. Les artistes doivent sans doute avoir, aujourd'hui, plus de soixante ans. Ils ont des enfants ou des petits-enfants, peut-être ; peut-être ont-ils déjà quitté cette terre. Personne, en tout cas, ne s'est encore manifesté.
Comme je suis diachronicien, et comme je suis spécialiste de l'histoire de la langue française, mes études sont remplies d'œuvres dont on ignore tout, les auteurs et autrices, comme les dates ou les circonstances de création. Toute la littérature médiévale, à de rares exceptions, est douteuse, ce n'est qu'après qu'on peut situer plus exactement les choses. Il y a bien encore, à la période moderne, des mazarinades anonymes et des pamphlets incertains, mais même là des hypothèses assez solides sont souvent faites. L'histoire du cinéma est pleine de ces films perdus dont on a égaré toutes les pellicules mais, au moins, on connaît l'équipe de réalisation, on a des affiches, on a quelques images de promotion.
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Mais ici, on n'a rien, ou pas grand chose. Les archives sont muettes. Les artistes sont silencieux. Les savantes et les savants ignorent tout. Il n'y a que ce seul enregistrement d'une chanson que je trouve, me concernant, très bonne, très entraînante et belle, une voix qui semble si familière et si inconnue pourtant et qui a, peu ou prou, mon âge. Ce n'est pas un artefact byzantin, que seul Cicéron a décrit dans une lettre à l'origine polémique ; ce n'est pas un recueil de fabliaux du tournant du millénaire, dont on n'a retrouvé qu'une version parcellaire ; ce n'est pas un film muet de 1920, dont un incendie à détruit toutes les copies.
C'est une chanson jouée sur une station de radio publique, largement écoutée, au milieu de groupes de musique reconnus ; elle est populaire et s'inscrit parfaitement dans les canons du temps ; elle est même plutôt belle, plaisante, on l'écoute sans difficulté aucune ; mais tout ce qui est autour a disparu. Il ne reste qu'une voix, qu'une mélodie, qu'un souvenir. Et c'était il y a quarante ans à peine, c'est une génération !
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J'ai ressenti une très grande humilité, en vérité, en apprenant cette histoire. Tout peut disparaître tellement vite, autour de nous : la maladie, les accidents, le hasard détruisent les vies comme ça, en un instant, et nous ne pouvons rien y faire. On oublie un visage, un nom, une lecture : c'est comme si elle n'avait jamais existé. Mon passé est un cimetière aux tombes effacées par les intempéries et grignotées par le lierre, de personnes croisées et inexistantes, d'événements imaginaires. Je suis moi-même l'ombre d'une ombre d'une ombre dans le souvenir fugace d'un ou d'une telle.
Une part de moi souhaite, bien entendu, demeurer : pour cela j'écris, je parle, je joue, je ris, j'aime. Je me doute que je disparaîtrai : je ne suis pas de la race des éternels. Je le regrette parfois, je m'y fais souvent : nous n'avons pas tous et toutes besoin de demeurer, et l'infini peut être dur à porter. Peut-être, un jour cependant, un poème, un chapitre, un vers plaira plus que moi et me survivra. Peut-être, un jour néanmoins, on oubliera de le rattacher à ma personne. Peut-être, un jour encore, serai-je célèbre en dépit de moi.
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Wyrd Sisters (1988, Terry Pratchett)
Inscryption (2021, Daniel Mullins Games)
Orgazmo (1997, Trey Parker)
Fluide Glacial (1975 - en cours, AUDIE)
A Few of my favorite things (5)
Jacquou le Croquant (1899, Eugène Le Roy)
Donkey Kong Country 3: Dixie Kong's Double Trouble! (1996, RareWare)
Les Guignols de l'Info (1988-2018, Alain De Greef & Alain Duverne, auteurs divers)
Kador (1978-1982, Binet)
Little Shop of Horrors (1982, H. Ashman & A. Menken)
Le Petit Chose (1868, Alphonse Daudet)
The Legend of Zelda: Link's Awakening (1993, Nintendo)
Columbo (1968-2003, Richard Levinson & William Link)
Cédric (1986 - en cours, Cauvin & Laudec)
Des nouvelles (février 2026)
Renaud cante el' Nord (1993, Renaud)
The Bizarre World of Fake Video Games (2025, Super Eyepatch Wolf)
Hades II (2025, Supergiant Games)
Evil Dead 2: Dead by Dawn (1987, Sam Raimi)
Walking Dead (2005-2020, Robert Kirkman et al.)
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