Reservoir Dogs (1992, Quentin Tarantino)

Publié le par MathieuGoux

   Je me fais un cycle "Tarantino" ces dernières semaines. Je n'avais pas vu ses films depuis une décade maintenant, et les plus récents, je ne les connais pas. Alors, je refais les choses chronologiquement : et je revois Reservoir Dogs, que j'apprécie peut-être davantage maintenant que jadis.

 

 

   J'en ai finalement peu parlé, sur ce journal. Mon article sur Pulp Fiction date d'il y a quatorze ans ou presque, c'était l'un des premiers que j'avais écrits ici. Depuis, rien ou presque. Cela n'était pas le moment. Le réalisateur était peut-être louche depuis le mouvement "Me Too", depuis Weinstein, et puis le dernier film que j'avais vu de lui, Inglorious Basterds, ne m'avait pas entièrement convaincu, je le trouvais facile, comme s'il se regardait écrire.

   Le temps a passé depuis, du moins, je me suis décillé. J'ai vieilli, aussi : j'étais un jeune homme avant, je suis un moins jeune homme maintenant. La vie avançant, elle m'offre des sensibilités nouvelles et, peut-être, de l'intelligence en plus. Je vois les choses autrement sans, je l'espère, ne pas avoir compromis ma morale et mon éthique.

   J'ai revu le film avec mon épouse, qui ne connaît presque rien du réalisateur. C'est intéressant, de voir l'effet des dialogues et de l'intrigue, de ce quasi huis-clos, sur une novice. De loin, la scène inaugurale, cette discussion autour d'une table de restaurant, est la plus marquante. Ça pourrait presque être un court-métrage à elle seule. Il y a beaucoup de choses dans cette séquence, on peut vraiment anticiper la suite et les caractères de chacun ; Mr. Orange qui cafte ; Mr. Pink le professionnel ; Mr. Brown l'élément perturbateur.

   Le reste, évidemment, est recommandable, et je suis même surpris de voir que le film a vraiment peu vieilli. Certes, il y a déjà là — ce serait étonnant — les "tarantinismes" qu'on connaîtra bien, le plan vu du coffre, les références populaires, la vulgarité choisie ; mais tout est comme frais, même si je les connais déjà. Il ne sait sans doute pas encore tout à fait qu'il a trouvé de l'or, ça brille un peu : ce doit être du nickel seulement.

   Un ancien camarade de faculté, en arts du spectacle, m'avait expliqué un soir le génie du film. Il reprend les codes du film de braquage, mais s'attarde sur l'endroit qu'on éclipse généralement, et le détourne : le moment juste après le casse où le groupe se rejoint, avant de se répartir encore et de se dissimuler. On élimine de l'écran l'action frénétique, ce qu'on aurait dû payer pour voir. Quelque part, Lucas avait fait de même dans l'épisode IV de Star Wars, en reléguant les guerres stellaires à un passé narré, plutôt qu'observé : "tell, don't show", à contre-courant de la maxime.

   Reservoir Dogs est un film d'auteur, de la façon la plus sincère dont je peux utiliser l'expression. Il a aussi, par rapport à ce qui suivra, une temporalité propre, très agréable, de parenthèses ou d'attente. C'est presque Godot, c'est presque Beckett : l'important ce n'est pas ce qu'on voit, mais ce qui va advenir. Et lorsque cela arrive finalement, en un éclair, tout s'achève, il ne faut pas cligner des yeux. Pour un peu, ça ferait presque penser à nos vies.

 

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