Ristar (1995, Sonic Team)

Publié le par GouxMathieu

    Je suis attaché à une tradition que d'aucuns nomment "ancienne" du jeu vidéo. J'ai été élevé, surtout, avec les consoles 16 et 64 bits, et Nintendo en particulier, et mon enfance a été parcourue qui par Mario, qui par Zelda, qui par Donkey Kong. Ce sont des jeux que l'on appelle encore "blue sky", où la joie représentée est proportionnelle au plaisir de jeu. Ristar, des créateurs de Sonic, dégage alors aujourd'hui comme hier une énergie qui ne peut que me plaire.

 

   Ristar est un jeu connu à plus d'un titre : tout d'abord, parce qu'il sortit fort tard dans la vie de la Megadrive, et que les amateurs, de fait, connaissent souvent bien ces jeux seuils qui apparurent à la frontière de deux générations. Ensuite, parce qu'il est du chef de la "Sonic Team" et que le jeu réalise, en réalité, des concepts initiaux qui auraient pu donner naissance au plus rapide des hérissons. Effectivement, alors que les créateurs s'imaginaient quel héros pourrait affronter le plombier ventru de la concurrence, l'un des projets esquissés étaient celui d'un lapin qui pouvait, grâce à ses longues oreilles s'allongeant à volonté, agripper divers éléments pour explorer son monde.

   L'histoire en décida autrement, on le sait bien ; mais il est fascinant alors de voir ce projet initial, qui sans cela serait resté dans des cartons anonymes et uniquement découverts par quelques historiens zélés, prendre forme et aboutir à une œuvre que je juge des plus sympathiques.

   Je parlais plus haut de la "tradition du jeu vidéo" ; nous y sommes en plein. Le milieu des années 1990, marqué, comme je l'eus dit ailleurs, par l'arrivée de nouveaux acteurs dans le média, vit également "l'âge d'or" de cette tendance à la mascotte qui n'a plus réellement cours aujourd'hui. Chaque éditeur, chaque développeur, rêvait de créer un personnage qui égalerait en succès l'un ou l'autre : et des jeux aussi divers que Zool, Bubsy, Gex, même Rayman dans une moindre mesure, de se lancer dans l'aventure avec plus ou moins de succès. Certains survécurent, d'autres disparurent : mais même les enfants uniques avaient le culot de proposer quelque chose de novateur et d'attirer à eux le chaland.

   Ristar, nonobstant sa belle paternité, est de ceux-là : et pendant très longtemps, pendant près de vingt ans en réalité, personne ne le vit plus. Certes, il faisait bien un coucou à l'occasion d'une figurine apposée dans un décor d'un autre jeu, où une référence le long d'un dialogue renvoyait le joueur à cette étoile aux bras élastiques, mais rien de plus. Aussi, il est comme un paradoxe de très bon aloi ici : connu et inconnu, su et oublié, disparu et entrevu, il fait comme la somme des contraires et illustre, peut-être mieux que nul autre, un temps déjà loin de son média.

   Aussi, comme ses plus proches représentants, l'histoire de passer à l'as : sachons juste que nous sommes le héros, qu'un méchant fait du rififi, et que nous devons explorer six planètes pour libérer les innocents de son joug. Comme les jeux d'alors l'exigeaient, chaque environnement se fait très distinct du précédent et emprunte, comme de juste, aux marronniers que l'on connaît bien : la jungle, l'océan, le volcan, la montagne, même un monde entièrement consacré à la musique et qui reste peut-être mon décor favori tant les développeurs peuvent laisser libre-cours à leur imagination.

   À cela, l'originalité du gameplay se fait rafraîchissante, pour reprendre un terme qui a eu son heure de gloire il y a peu. Fondé sur l'exploration, Ristar se paie le luxe d'être encore plus placide que Super Mario Bros., et fort éloigné de Sonic : chaque niveau se parcourt d'un train de sénateur, en explorant les moindres recoins, en cherchant les secrets, en prenant le temps de profiter des graphismes, de la musique, de l'ambiance bienveillante qui se dégage de l'ensemble. Les longs bras de l'étoile filante nous invitent à aborder les situations de loin, à planifier méticuleusement nos mouvements : et même si l'on nous demande parfois, notamment contre les boss, de faire preuve de célérité, c'est encore avec bonhomie, comme s'il n'y avait jamais eu réellement de danger.

   Ristar est un jeu agréable, de bout en bout. Il lui manque, sans doute, ce petit quelque chose qu'ont les chefs d'œuvre, une profondeur, une variété plus vive, une couleur inédite : mais il fait les choses avec talent à défaut de génie, et sa traversée nous emporte le cœur.

   Loin des songes vains, loin des soucis cuisants, des quêtes épiques et des apocalypses imminents, qu'il est doux, parfois, de tendrement se reposer en sauvant l'univers.

   Pour poursuivre la lecture : l'article de GrosPixels.

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