The Angry Video Game Nerd (2004 - en cours, James Rolfe)

Publié le par GouxMathieu

   Je n'ai nul besoin de revenir sur mon intérêt poussé pour le jeu vidéo : les curieux iront se plonger d'eux-mêmes dans tout ce que j'ai pu produire à ce sujet. Mais cet intérêt ne s'arrête pas à ma propre action et je prends plaisir à profiter du travail d'autrui, dont celui de James Rolfe, notablement connu pour la série dont je parle ici, mais qui a bien des cordes à son arc.

 

   Difficile pour moi de me souvenir précisément quand, et où, je découvris l'Angry Video Game Nerd et l'acteur le campant, James Rolfe. Je situe cette découverte vers 2006 ou 2007, lorsque sa popularité commença à gagner nos côtes : et j'admets sans scrupules que c'est en visionnant encore et encore ses cours-métrages que j'enrichis ma pratique de la langue anglaise, dans le domaine toujours utile des vulgarités notamment.

   Que je situe un peu la chose : l'AVGN est un personnage créé par James Rolfe, cinéaste américain amateur et passionné et de cinéma "bis", et de jeu vidéo. Il s'agit d'un "nerd", une sorte d'original reclus, animé d'une sourde colère envers les jeux frustrants de son enfance et, puisque nous partageons plus ou moins la même génération, de la mienne également. Le voilà donc évoquer, dans une violence caricaturale et de mauvaise foi, les graphismes honteux, les musiques inaudibles, les jouabilités incertaines et la difficulté éhontée des pires jeux d'alors.

   Si depuis le principe de "l'Angry Review" a fait florès, et quand bien même James Rolfe n'aurait-il sans doute pas inventé le principe, son travail de documentation sincère, son écriture au cordeau malgré son apparent grand-guignolesque, sa régularité (au commencement, tout du moins) assurèrent son succès auprès d'une communauté bigarrée, qui grandissait de jour en jour.

   La série approche des quinze années d'existence, ce qui est une merveille dans ce monde si éphémère de l'amusement numérique ; et elle a su progressivement se transformer, s'étendre, s'amplifier sans jamais néanmoins trahir ses promesses premières et sa sincérité fondamentale. Ainsi, les premiers épisodes d'être notamment dédiés à la NES et aux adaptations de films, ou aux jeux obscurs et presque inconnus ; puis, nous voilà manger chez tous les constructeurs, évoquer des préhistoires depuis oubliées de l'histoire du jeu vidéo (tels l'Odyssey de Magnavox ou le CD-I de Philips) et montrer une connaissance encyclopédique, ne serait-ce que personnellement, de la chose.

   De même, ce qui était initialement comme un avatar désincarné, une voix sans corps, devint progressivement un personnage complexe, entretenant des relations multiples avec des amis et ennemis, vivant dans un monde répondant à ses propres règles, construisant progressivement une narration certes légère, mais présente et agréable : et l'on se surprend alors à suivre ces épisodes, chacun isolé des autres pourtant, comme un roman de formation. Il est une intelligence particulière ici, une attention portée à la cohérence qui impressionne, et ce pour ce qui n'était à l'origine qu'une pochade occupant le créateur entre deux courts-métrages plus en accord avec ses ambitions premières.

   Pour voir cela néanmoins, encore faut-il accepter d'aller outre la grossièreté constitutive du personnage, l'emportement feint et parfois maladroit, la fragilité de la caméra ou du son. Mais toutes ces choses techniques, notamment, s'améliorèrent et s'améliorent encore avec le temps : et les derniers épisodes s'approchent davantage de véritables courts-métrages, moyennant, cela était attendu !, un délai d'attente plus long entre les épisodes, que d'accidents malheureux et improvisés. 

   J'y reviens régulièrement. Quand bien même connaîtrais-je l'intégralité des épisodes sur le bout des ongles, j'y fais toujours de nouvelles découvertes : je récupère une information inédite, je comprends une nouvelle référence, j'oublie et je retrouve certaines blagues qui me font toujours sincèrement rire.

   Certes, l'exaltation des commencements a fini par disparaître ; mais lorsque surgit, dans mon flux d'abonnements, une nouvelle vidéo ou un nouveau projet de James Rolfe, j'y jette toujours un œil amusé et bienveillant, convaincu d'y trouver toujours l'une ou l'autre belle qualité ; et depuis quinze ans, je ne me serai jamais trompé.   

 

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