The World According to Garp (1978, John Irving)

Évidemment, ou plutôt, comme on pourrait s'en douter et comme je l'ai dit ailleurs, je ne crois pas vraiment au pouvoir de la littérature. Tout comme les chansons, les films, les peintures ne changent point le monde, les livres ne changent rien non plus. Il faut le dire : ce qui change le monde, ce qui l'approfondit et l'embellit, ce sont les hommes et les femmes l'habitant.
Ce que l'on doit prêter néanmoins à la littérature, et ce que je prêterai beaucoup à Irving et à Garp, c'est qu'elle est toute remplie d'humain et d'humanité, dans sa totalité et ses paradoxes. Il ne suffit pas cependant de dire que nous sommes à la fois bons et injustes, grands et petits, sages et emportés ou que sais-je : cette facilité-là, il faut la laisser aux publicitaires et aux orgueilleux, à ceux s'imaginant qu'il suffit d'inventer une nouvelle couleur pour créer une nouvelle forme.
L'effet contraire est sans doute tout aussi déplorable. Dans cette époque post-moderne que nous vivons sans doute, qui fait de chaque œuvre un commentaire sur sa construction propre, il est appréciable de revenir vers des récits s'interrogeant non sur le récit se construisant, mais sur les récits construits : la distance n'a pas à être nécessairement ironique, notamment si les événements eux-mêmes sont vidés de tout sérieux.

Le Monde selon Garp ne cesse de décevoir, et c'est la brillance, la hautesse même du propos, celles et ceux qui désireraient trouver un grand ordonnateur, une grande raison à ce que l'on nous donne. Du père se masturbant frénétiquement suite à une blessure de guerre, et psalmodiant ce "Garp" qui sera finalement un nom ; de la mère féministe malgré et envers elle, infirmière et vidée d'empathie ; du chien qui arrachera une joue ; de la pension allemande où un ours joue du monocycle et les vieillardes ressemblent à des fantômes ; de la secte mutique aux joggings matineux ; jusqu'à Garp lui-même, bien entendu, qui cristallise tout cela, rien ne fera sens, rien ne prendra sens mais, finalement, tout sera compris.
L'astuce narrative y est pour beaucoup, quand bien même ne serait-elle point bien originale et reprendrait-elle des décors de manuscrits, écrits ou trouvés, qui fascinent sans doute les artistes depuis l'antiquité ou la Renaissance et dont le Quichotte sera sans doute la meilleure illustration. C'est là un hagiographe, une sorte d'éditeur ou de critique, qui faisant une monographie de son auteur favori, collige les manuscrits perdus, retrouve la chronologie manquante, commente tel ou tel événement, devance et revient. Or, c'est là comme une triste conséquence de notre pensée, il est difficile pour nous de séparer temps et causes : post hoc, ergo propter hoc. Si monographe il y a, grandes choses se doivent d'être comprises ; si monographie nous lisons, belles et jolies morales doit-on comprendre.

Mais plus les pages passent et les plus les chapitres s'enfilent ; plus Garp s'handicape, et plus désire-t-il composer son grand œuvre ; plus il est, et plus il sera. Il y a comme un balancement impressionnant ici, qui me renvoie, toutes choses égales par ailleurs, à Jean Lorrain, ou à Michon, à Schwob : une vie imaginaire criante de vérité, je me surprenais souvent à croire, à vouloir croire plutôt, que Garp réellement exista, que ses romans étaient consultables en bibliothèque, qu'en cherchant bien, on pouvait trouver une photo de lui, sifflet en bouche et montre en main, tandis qu'il entraînait ses ouailles à la lutte.
Puis, brutalement, un mot, un événement, une remarque, pindarisait à nouveau l'ensemble ; la fiction devenait plus vive, la transparence s'opacifie. Les mots redeviennent des mots, coupés et vidés de toute relation avec la vérité, des sigils sur une page blanche dans lesquels nous projetons, sans doute, davantage qu'ils n'ont à nous offrir. Les meilleurs livres, et je reprends cela de 1984, sont ceux qui nous apprennent ce que nous savons déjà : Garp m'aura dit cela, m'aura renvoyé à ce souvenir étrange, à l'illusion de la diégèse et à l'effort que tout lecteur, que toute lectrice se doit de faire pour donner sens à ce qu'il déchiffre.

Il y a les chefs d'œuvre, et il y a les autres ; il y a, surtout et pour moi, les livres que l'on dévore, ceux que l'on sirote, et ceux que l'on retient. Garp, étrangement et me concernant ne serait-ce, appartient véritablement à ces trois catégories. Je suis certes ogre de lecture, et je me sais lire assez rapidement, j'explosais tous mes records en lisant ce texte ; j'aime à m'appesantir sur une image ou une phrase, un vers, je griffonne les marges, je souligne, je pose des questions ; j'ai peut-être plus écrit à côté de, ou à la suite de, que chez tous les autres ; enfin, je ne cesse d'y repenser, et j'en suis surtout infiniment triste.
Triste, car The World According to Garp est un livre - non, le livre, que j'aurais voulu écrire. Avant de le connaître, j'en avais fait un approchant, bien moins fin et intelligent, c'était une œuvre de jeunesse qui aurait sans doute pris un meilleur corps si je l'avais rédigée aujourd'hui. Je ne pourrais plus le faire : il existe déjà. Ne me reste alors que l'option chafouine : écrire à quel point je regrette, et espérer que ces regrets, comme certains autres, soient aussi beaux que le reste.
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Wyrd Sisters (1988, Terry Pratchett)
Inscryption (2021, Daniel Mullins Games)
Orgazmo (1997, Trey Parker)
Fluide Glacial (1975 - en cours, AUDIE)
A Few of my favorite things (5)
Jacquou le Croquant (1899, Eugène Le Roy)
Donkey Kong Country 3: Dixie Kong's Double Trouble! (1996, RareWare)
Les Guignols de l'Info (1988-2018, Alain De Greef & Alain Duverne, auteurs divers)
Kador (1978-1982, Binet)
Little Shop of Horrors (1982, H. Ashman & A. Menken)
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The Legend of Zelda: Link's Awakening (1993, Nintendo)
Columbo (1968-2003, Richard Levinson & William Link)
Cédric (1986 - en cours, Cauvin & Laudec)
Des nouvelles (février 2026)
Renaud cante el' Nord (1993, Renaud)
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Hades II (2025, Supergiant Games)
Evil Dead 2: Dead by Dawn (1987, Sam Raimi)
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