Sequel (2022, Robert Holmes)

Publié le par MathieuGoux

   J'ai toujours aimé la musique de jeux vidéo. Je lui trouve une énergie, une beauté, une douceur quelque part, que j'ai toujours aimée et qui m'accompagne depuis mon enfance. Mais on peut se demander, je peux me demander : est-ce un genre, peut-on le définir, qu'est-ce que c'est ?

 

   J'avais parlé, il y a longtemps déjà, de Gabriel Knight et de son ambiance extraordinaire, de sa mythologie et de son histoire. Ce qui a participé à cela, c'est encore sa musique, enrobante et mystique. On la doit à Robert Holmes, qui a assez collaboré avec Sierra et qui a contribué, avec Jane Jensen bien entendu et qui est son épouse, au succès de cet épisode. À côté de Koji Kondo, à côté de Magnus Pålsson, à côté d'autres, Robert Holmes est un nom important, et il gagne à être connu, si ce n'est pas déjà le cas.

   Sur le site de Robert Holmes, cependant, on ne trouve pas de bandes originales. On trouve certes un album de compilations de ses meilleurs morceaux ; mais les autres sont, de loin, plus intéressants. J'ai entendu parler de Sequel, jadis, précisément au détour d'une vidéo dédiée à Gabriel Knight. Jane Jensen évoquait des souvenirs du développement du jeu ; puis Robert Holmes parla de Sequel.

   Écouter Sequel est une expérience étrange, peut-être partagée exclusivement par celles et ceux qui ont assez joué dans leur enfance. Il y a ce sentiment que l'on a déjà écouté ces pistes, on pourrait le jurer. Alors oui, bien évidemment, le style est identique à celui de Gabriel Knight, l'album est explicitement, et directement, inspiré de la série et on va donc retrouver là les senteurs de jazz, le vaudou joli, l'alcool et les épices ; mais il y a davantage.

   Ce sentiment, d'autres, à d'autres endroits, ont pu le signaler. On a des faux souvenirs, des effets mandelas, on pense avoir vu cette série animée, on pense avoir vu ce film, on jurerait avoir vu ces polygones. Sequel active, chez moi, tous ces faux-souvenirs : je suis persuadé d'avoir joué à un jeu d'aventure avec ces morceaux, je les associe à des lieux de mon enfance, je retrouve l'odeur de ma chambre d'adolescence. Je dois me faire souffrance pour oublier ce qui n'a jamais existé.

   Reste cependant que l'album, le travail de Robert Holmes en général, a cette identité étrange, c'est de la musique de jeu vidéo, mais sans jeu associé. C'est vertigineux, je crois. Il arrive qu'au cinéma, des morceaux de rock'n roll, ou de blues, ou de musique populaire, accompagnent des films pour lesquels lesdits morceaux n'ont pas été originellement composés : en deviennent-ils, par contact, des musiques de films, comme celles qu'a pu composer, par exemple, John Williams ?

   Et les musiques de Sequel, alors (et de sa suite, Son of Sequel, sorti tout récemment), sont-elles des musiques de jeu vidéo, sans qu'un jeu n'existe pourtant ? Il y a là quelque chose qui m'intrigue, et qui me plaît. L'idée que les choses peuvent être non ce qu'elles sont, mais ce qu'elles peuvent nous dire qu'elles sont. C'est peut-être mal ; mais ici, je pense que c'est bien. 

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