Beyond Good and Evil (2003, Ubisoft)

Publié le par MathieuGoux

   Des vingt ans après, je ne peux plus vraiment parler d'Ubisoft comme je l'ai eu fait, tant la société, ses dirigeants surtout, se sont rendus coupables de bien des exactions, de harcèlement et de management toxique. Je boycotte, pour ainsi dire, tout ce qu'ils ont fait depuis 2020. J'ai cependant fait une exception pour la version anniversaire de BG&E.

 

 

   Beyond Good & Evil a effectivement été, il y a vingt ans de ça, un jeu important pour moi, pas tant d'ailleurs sur le plan de son gameplay, qui était efficace et agréable mais loin d'être original, comme tout avait déjà été vu qui dans Metal Gear Solid, qui dans Zelda ou que sais-je ; mais davantage du point de vue de son intrigue et, surtout, de son personnage principal, Jade, qui est encore l'une de mes héroïnes favorites.

   La représentation des femmes dans le jeu vidéo, on le sait et on en parle encore, est loin d'être une affaire tranquille ni réglée. Les choses, aujourd'hui, sont meilleures sans doute qu'il y a dix, vingt ou trente ans, mais c'est encore un sujet compliqué, traversé encore par de nombreuses controverses. Une frange vocale et détestable hurle dès qu'une héroïne sort des canons stéréotypés ; et cela m'étonne et m'écœure toujours autant.

   Je n'ai bizarrement pas ce souvenir, qu'à l'époque, Jade avait fait autant jaser. Au contraire, les magazines saluaient l'écriture intelligente du personnage, son doublage extraordinaire par Emma de Caunes — et encore maintenant, je pense qu'il s'agit là d'une de mes performances favorites de l'histoire du jeu vidéo —, sa personnalité et son caractère. Il faut dire aussi qu'au même moment, et pour rester dans la même compagnie, on avait en face Prince of Persia: Warrior Within qui était comme son opposé diamétral tant en esprit, en univers, en personnages.

   Jade a ainsi fait partie de ces femmes auxquelles je me suis totalement identifié, et il y en avait pas mal à l'époque déjà, de Raven des Teen Titans à Miss Marple. J'admirais son éthique, sa morale, son sens politique inné car oui : BG&E est un jeu absolument politique, sans que ce mot soit ici galvaudé ou simplifié et même, je pense qu'on gagne à le réexplorer, à comprendre le discours qu'il développe sur la propagande et la pollution, sur le pouvoir du journalisme et la censure. Là encore, ces thématiques n'étaient pas nouvelles en elles-mêmes (Little Big Adventure avait déjà fait ma formation ici), mais tout cela était cruellement bien fait.

   Bien sûr, et pour peu qu'on s'intéresse à ces choses, l'arlésienne que représente sa suite, toujours annoncée, parfois illustrée, toujours reconduite, a sans doute contribué à faire de l'original un coup d'essai, là où il était sans doute un coup de maître : et on gagne à présent à considérer le cliffhanger de l'ultime seconde du jeu comme une conclusion ouverte, et non comme l'annonce d'une suite. BG&E n'a besoin ni de suite, ni de préquelle pour exister en tant que tel.

   J'ai hésité, partant, à acheter la réédition anniversaire du jeu malgré Ubisoft, malgré la culture d'entreprise dégueulasse, malgré tout ça. Il y a une ironie, je le vois volontiers, à faire une exception pour ce jeu : Jade elle-même ne manquerait pas de m'engueuler, et d'être déçue de mon manque de solidité vertébrale. On n'est jamais à la hauteur de nos héroïnes d'enfance, mais on a toujours le temps de s'améliorer.

 

Commenter cet article