Les Aventures de Tanguy et Laverdure (1959 - en cours, divers)

Publié le par GouxMathieu

   Plus jeune, je n'étais guère attiré par les bandes dessinées au style "réaliste", d'inspiration historique ou non. J'étais plus volontiers de l'école "gros nez", et de la comédie en particulier. Aussi, je ne découvris que bien plus tard les Corto Maltese, les Blueberry et, enfin, Tanguy et Laverdure qui doit sûrement être, chronologiquement, le premier du genre que j'explorais.

 

 

   J'avais été d'ailleurs surpris, je dois dire, de trouver Albert Uderzo en dessinateur. Charlier m'était déjà connu, malgré tout et ne serait-ce que par sa caricature dans Achille Talon, Gotlib aussi de le caricaturer ci et là ; mais j'étais comme tout étonné de voir le sémillant dessinateur d'Astérix s'essayer aux proportions humaines, au réalisme historique et scientifique, aux avions de la fine fleur de l'armée française. Épisodiquement, au détour d'une case, à l'arête d'un nez ou au pli d'un vêtement, je revoyais bien l'un de mes auteurs favoris ; ailleurs, l'illusion était complète et je jugeais ces histoires sans en attendre quoi que ce soit.

   Je suis loin d'être sachant quant à l'intégralité de cette série : ne connais-je, simplement, que ses premiers albums, quelques aventures prises en charge par Jijé de glorieuse mémoire, un peu plus loin par Patrick Serres, mais rien de plus. C'est qu'indépendamment de ses quelques qualités, réelles dois-je ajouter, la bande dessinée m'aura aussi souvent déplu, et souvent dérangé, malgré elle sans doute et malgré moi sûrement.

   Il y a effectivement bien ce décalage entre le réalisme, voire la gravité des situations présentées - on parle souvent d'exactions sordides, de chantage, de terrorisme parfois ! - et la légèreté des personnages et notamment de Laverdure, clown Auguste du duo qui, par ses imprécisions, sa maladresse et son guignol, est censé faire rire ; mais je retombe là un peu sur ce défaut trouvé, mettons, dans Les Tuniques Bleues, et cela me désole souvent. Il y a également ce patriotisme nécessaire, sujet oblige, et jamais n'ai-je été patriote ; il y a cet esprit, bien que cela transparaisse surtout dans les plus vieilles histoires avouons-le, "néo-colonial", la France étant là pour apporter savoir et compétences à quelques pays obscurs d'Afrique noire ou du Moyen-Orient ; il y a ce manque étrange de moralité et de distance, qui me dérangeait même dans mes primes années.

   Pourtant, pourtant, il y avait quelque chose ici de fascinant : la riche documentation, l'exactitude scientifique, linguistique, physique des scénaristes. Jean-Michel Charlier notamment ne trahit par ici sa réputation : et c'est un plaisir que d'apprendre des termes de spécialité nautique et aéronautique, des "casse-croûte collimateurs" aux "VTOL", d'avoir ces schémas et ces plans complexes de combats aériens, d'avoir un détour sur la situation politique de tel ou tel pays en proie à la guerre civile. Malheureusement, à cause de son principe et de son écriture, les couleurs françaises rayonneront et détruiront leurs ennemis internationaux... on verra l'idée.

   Je n'ai donc pour Les Aventures de Tanguy et Laverdure que peu de tendresse, et finalement rien de plus qu'une curiosité sincère certes, mais sans amour ou amitié. J'y repense pourtant parfois, ce furent les premières histoires de ce genre que je lisais, mes parents en possédant quelques albums, jadis, dans leurs bibliothèques. Même, j'y revins quelque fois, à plusieurs moments et de mon enfance, et de mon adolescence, et de ma vie d'adulte, dans l'espoir d'y trouver une richesse cachée, une ironie invisible, en vain.

   Même replacée, ce me semble, dans l'économie de l'histoire de Pilote qui voulait en faire un concurrent de premier plan à Buck Danny et à Dan Cooper, son importance est comme toute relative. Il y a bien eu l'une ou l'autre adaptation à la télévision et au cinéma, et l'éditeur trouve toujours de nouveaux auteurs pour poursuivre cette série au long cours ; mais si ce n'est sa participation à mon propre goût, et le fait qu'il ne fût jamais que le premier, je ne retiendrais ici rien de plus des Chevaliers du Ciel.

 

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