Steven Universe (2013 - en cours, Rebecca Sugar)

Après avoir abondamment consommé nombre de dessins animés pendant mon enfance, je m'en détournai à l'adolescence et lors de mes premières années d'adulte ; j'y reviens à présent, découvrant des perles d'ingéniosité contemporaines qui peuvent même surpasser les anciennes gloires d'alors.
Il me semble que nous vivons, ces dernières années, une sorte de "renaissance" de l'animation, et notamment de l'animation américaine après quelques temps d'incertitudes. J'avais parlé jadis de Samurai Jack, sorte d'expérience esthétique délurée, et d'Avatar, qui demeure l'un de mes préférés : mais j'ai depuis découvert avec une grande joie Steven Universe, série d'un propos nouveau dont l'apparence mignarde dissimule une complexité particulière.
Dans cette série à destination, initialement et nous dit-on, des plus jeunes, l'on suit le personnage de Steven, un adolescent aux traits enfantins qui fait partie des "Crystal Gems", des extra-terrestres dont les noms renvoient à des pierres précieuses. Au cours d'une histoire allant s'enrichissant, on suivra leur parcours en temps que "force de défense de la terre" contre le peuple dont elles sont issues et qui veut absolument conquérir notre planète.
J'ai bien dit "elles" car, et c'est là l'une des caractéristiques les plus marquantes de cette série, les "Crystal Gems" sont un peuple entièrement constitué de femmes, ou du moins de personnages féminins, ce qui permet, plus qu'ailleurs, de varier considérablement les caractères et les formes. Loin des "syndromes de la Schtroumpfette", de ces personnages féminins qui n'ont comme seule caractéristique de ne pas être un homme, on a là ici des jeunes, des plus vieilles, des élancées et des plus fortes, des courageuses et des timides, des moqueuses et des sensuelles.
"Sensuelles", encore un terme qui peut ici surprendre : mais Steven Universe n'a point peur d'aborder des questions multiples sur la sexualité et l'érotisme, certes toujours sous le drap de la métaphore et de l'allégorie, mais toujours de façon suffisamment explicite pour permettre et à un adulte de lire aisément entre les lignes, et à un enfant de saisir plusieurs éléments de cette délicate question humaine, sous toutes ses formes.

Ainsi, la série n'a point peur d'aborder des thèmes qui, ailleurs et selon ce puritanisme qui peut encombrer notablement l'animation enfantine, seraient bien moins traités, et plus maladroitement. On aborde ainsi frontalement la question de l'homosexualité, notamment l'homosexualité féminine qui est bien moins représentée que la masculine, et ce sans grotesquerie ou ironie ; celle de l'amour physique et de l'amour romantique, notamment en mettant l'accent, nécessaire, sur la notion de consentement ; sur la répartition genrée des rôles de notre société ; sur les émotions et leurs expressions, et leur inhérence complexité.
Il en va, ainsi et ne serait-ce, du personnage même de Steven, protagoniste et centre de nombre d'intrigues. C'est un garçon sensible, doux, n'hésitant point à exprimer ses états d'âme et s'assurant constamment du bonheur et de la santé de ses ami.e.s avec bienveillance et tendresse. Il n'en demeure pas moins volontaire, courageux, prêt à tout pour défendre ce qui doit l'être, quitte, même, à attaquer et à faire montre de pugnacité. Il en va, en réalité, de l'ensemble des personnages de cet aréopage, même des plus discrets, qui au détour d'un épisode ou deux dédiés à leur personne, se révèlent intelligemment écrits.

On ne trouvera donc ici guère de manichéisme ; mais on ne trouvera point, non plus, du débonnaire et de la faiblesse. Dans Steven Universe, la tendresse et la gentillesse ne sont point symboles de veulerie, mais des forces d'âme qu'il convient d'acquérir et de renforcer. Il faut en mesurer, comme pour la force et la violence, les limites et les points aveugles, et ne pas sombrer dans un pacifisme absolu qui donnerait de mauvaises idées aux spectateurices par trop influençables.
De la même façon, l'univers de la série, son decorum, navigue entre plusieurs extrêmes et empêche d'en faire une peinture sans nuance et sans profondeur. Souvent, toutes ces intrigues naviguent dans une cité riante et diaprée d'arcs-en-ciel divers, le ciel est bleu, la mer chante doucement ; mais on verra parfois des cavernes inquiétantes où nulle vie ne peut subsister, des tours terrifiantes d'une armée en marche, des mégalopoles dystopiques étouffantes de cruauté. On passe ainsi d'une sorte de peinture pastorale à la science-fiction la plus inquiétante, et comme le propos général de la série n'a jamais peur de mélanger les contraires, la chose marche ici particulièrement bien, du moins, ne choque jamais.
Enfin, et c'est peut-être ce qui caractérise formellement le plus cette série, il faut parler et de la durée, réduite, des épisodes, et des nombreuses chansons qui les émaillent. Au contraire d'autres séries au long cours, ici, un épisode ne dure qu'une dizaine de minutes, rarement davantage : et ce qui peut apparaître, au commencement, comme un écueil, s'avère en réalité d'une grande force. Le rythme en devient enlevé, chaque moment est comme concentré sur son message, et on se surprend à être pris dans une dynamique particulière, avalant les épisodes comme jamais ; et comme ceux-ci savent alterner développement de l'intrigue principale, et respiration en se consacrant à des histoires connexes, l'ennui est pour ainsi dire impossible à atteindre.
Les chansons, de même, apportent une couleur inédite à ce type de série. On ne saurait véritablement parler ici de "comédies musicales" à l'image des films Disney, par exemple ; l'intégration de ces chansons est généralement songée en amont et davantage que d'avancer l'intrigue, il s'agit ici d'explorer les sentiments des personnages. Ce faisant, on suit véritablement, et sur un mode ludique, leur progression personnelle et il est miracle de voir toutes ces héroïnes et tous ces héros progresser, de leur première apparition à leur dernière, comme on le ferait avec une parente ou une amie.

Il y aurait, sans doute, bien d'autres choses à dire sur Steven Universe, et d'autres l'auront fait bien mieux que moi. La seule chose qui, en vérité, m'empêche d'être véritable satisfait, c'est le rythme de parution des épisodes, fort irrégulier : il est de longues pauses au milieu des saisons qui ne peuvent que me frustrer, mais je préfère encore, évidemment, que la réalisatrice et son équipe prennent leur temps pour proposer des épisodes magistraux, plutôt que de céder aux sirènes de la rapidité.
Partant, je vais et je viens dans Steven Universe au gré des parutions et des disparitions ; je l'abandonne plusieurs mois, attendant que se constitue un stock important d'épisodes, que je me dévore ensuite sans faim. J'en ressors, je l'espère, plus sensible, plus intelligent, plus sage : et je crois que quiconque parcourant la série ressent la même chose.
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Wyrd Sisters (1988, Terry Pratchett)
Inscryption (2021, Daniel Mullins Games)
Orgazmo (1997, Trey Parker)
Fluide Glacial (1975 - en cours, AUDIE)
A Few of my favorite things (5)
Jacquou le Croquant (1899, Eugène Le Roy)
Donkey Kong Country 3: Dixie Kong's Double Trouble! (1996, RareWare)
Les Guignols de l'Info (1988-2018, Alain De Greef & Alain Duverne, auteurs divers)
Kador (1978-1982, Binet)
Little Shop of Horrors (1982, H. Ashman & A. Menken)
Le Petit Chose (1868, Alphonse Daudet)
The Legend of Zelda: Link's Awakening (1993, Nintendo)
Columbo (1968-2003, Richard Levinson & William Link)
Cédric (1986 - en cours, Cauvin & Laudec)
Des nouvelles (février 2026)
Renaud cante el' Nord (1993, Renaud)
The Bizarre World of Fake Video Games (2025, Super Eyepatch Wolf)
Hades II (2025, Supergiant Games)
Evil Dead 2: Dead by Dawn (1987, Sam Raimi)
Walking Dead (2005-2020, Robert Kirkman et al.)
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