Killer Instinct (1994, RareWare)

Publié le par GouxMathieu

   Je ne suis sans doute pas un grand amateur de jeux de combat. Je les connais pourtant, ils m'amusent souvent, certains mêmes plus que d'autres, mais sans appétence particulière. Trop techniques à mes yeux, trop racés : ils n'ont pas la simplicité que je recherche ailleurs. Si je dois en retenir un seul cependant, ce serait Killer Instinct, qui aujourd'hui encore m'étonne particulièrement.

 

   On se rappellera, dans les années 1990, de l'importance du studio RareWare pour les consoles Nintendo. De ses premiers succès sur Super Nintendo à sa flamboyance sur Nintendo 64, il fut l'un des moteurs du divertissement face à une concurrence qui devenait de plus en plus féroce. On les connaissait surtout pour leurs jeux de plates-formes, les Donkey Kong Country, ou leurs jeux d'action : mais ils ont en réalité mangé à tous les râteliers, de la course (Diddy Kong Racing) au combat, toujours avec un degré d'exigence, notamment graphique, qui a fait leur renommée.

   En lui-même, Killer Instinct n'est pas véritablement révolutionnaire : il s'installe dans les lignes largement définies par Street Fighter II plusieurs années auparavant, distille un peu de Mortal Kombat, améliore peut-être sensiblement le système d'enchaînements ("combo"), mais rien ne semble se démarquer du reste, du moins sur le plan du fond. Mais au niveau formel en revanche, l'épingle est tiré du jeu : et c'est peut-être grâce à ça que je l'ai le mieux retenu, et que j'y reviens encore souvent.

   Si l'on fait rapidement l'impasse sur les graphismes, exploitant des principes popularisés, par exemple, par Donkey Kong Country pour la version Super Nes, et les premiers pas, balbutiants, du stockage disque pour la version originale en arcade, je retiendrai surtout le decorum particulièrement touché de cet univers, qui en appelle certes à la caricature et aux clichés, mais ici davantage cinématographiques que culturels ou géographiques. Il faut voir, alors, ce loup-garou ou cette créature de glace que l'on jurerait directement sortie d'un film d'horreur Hammer, ou bien ce squelette qui nous renvoie à Jason et ses argonautes.

   J'avais, de plus, longuement parlé de la musique originale, le disque faisant partie de mes albums favoris, tout genre et toute époque confondue ; mais il me faut aussi rajouter là les univers délicieux et l'histoire parfaitement débilitante, inspirée des pires navets du cinéma de genre. Rien que le nom de la compagnie à l'origine du tournoi auquel nous participons, "Ultratech", me fait davantage penser à Robot Killer qu'à Terminator.

   Alors, il y a quelque chose de profondément idiot dans Killer Instinct, plus encore que dans tous les autres jeux de combat que j'ai pu citer. Certes, ceux-là n'ont, généralement, jamais particulièrement brillé par l'intelligence de leurs histoires, et je ne pense pas n'avoir jamais rencontré quiconque les prenant honnêtement. Mais ces séries fleuves ont cette tendance, malheureuse à mes yeux, de se prendre au sérieux, de multiplier les fils narratifs, d'avoir des prétentions narratives.

   Killer Instinct n'ira jamais sur cette voie, assumant jusqu'au bout des ongles son second degré, son absurdité, sa stupidité même. Cela me l'a rendu inoubliable : je sais bien que le jeu vidéo cherche souvent une légitimité et veut raconter de belles et grandes histoires, il l'a déjà fait du reste. Mais qu'il n'oublie pas d'être puéril, de temps à autre : d'Aragon, on a bien eu autant Le Roman Inachevé que Le Con d'Irène, et cela est bon.

  

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