Soda (1987 - en cours, Tome et al.)

J'ai été, pendant plus de dix ans je pense, un abonné et un amoureux inconditionnel du journal Spirou. Je m'en suis détourné depuis, pour plusieurs raisons : je vieillissais surtout, et je n'étais plus vraiment la cible éditoriale du journal. Mais jadis encore, alors que j'étais cette tête blonde à qui on voulait me vendre des albums, il y avait Soda, que je ne comprenais pas totalement je pense, mais dont l'effet, en ricochets, se fait encore sentir.
J'ai déjà eu l'occasion de parler de Spirou, ou de telle et telle série qui, bien que plus ou moins confidentielle, imprima en moi un sentiment inédit. Je les découvris surtout par l'intermédiaire de l'hebdomadaire, pamphlet publicitaire des éditions Dupuis certes, mais pourvoyeur de jeunes talents et occasion, si tant est que l'équipe de rédaction l'autorisait, de découvrir des œuvres uniques, atypiques, étonnantes. Bien entendu, rien de graveleux, de sexué, de gore : Fluide Glacial, Métal Hurlant ou Psikopat, c'était à côté, et c'était plus tard pour moi, jamais mes parents n'auraient autorisé l'achat.
Mais, occasionnellement, et notamment lors de la période 80-90, celle que j'ai surtout connue, une série à côté des aventures des Petits hommes ou de Kid Paddle apparaissait. Soda s'adressait vraisemblablement davantage aux ados ou aux pré-ados. Tome, le scénariste, œuvrait déjà sur Spirou & Fantasio, et on reconnaît dans ces histoires de flics et de voyous des marottes que l'on trouve qui dans Spirou à New-York, sans doute la version édulcorée de Soda la plus proche de son esprit, qui dans Luna Fatale ou Vito la Déveine. Soda m'inspira surtout le premier et le premier me donna envie de dessiner, de recopier certaines cases de Gazzotti, l'un des dessinateurs qui travailla sur la série, tant je les trouvais belles. Je ne poursuivais pas longtemps dans cette voie : je croque rapidement, mais j'en ai honte ; les histoires, en revanche, restèrent davantage avec moi.

Toutes choses égales par ailleurs, il n'y a ici rien de bien exceptionnel au regard du genre dans lequel la série s'inscrit, celui, mollement défini, du "polar" ou de la bande dessinée d'action : dans mon panthéon personnel, Blacksad, quelques années plus tard, fera sans doute bien mieux. Mais c'était l'époque où je découvrais Grim Fandango, où j'avalais des épisodes de Columbo, où je lisais Agatha Christie ; Soda alimentait cette flamme faite de mafieux glauques, de ruelles sordides, de politiciens véreux, de policiers et de policières tantôt sincères et justes - ce qui relève de la fiction -, tantôt violentes et vicieuses.
Il me serait sans doute injuste de prétendre que Soda ne propose rien, plutôt, ce qui compose ailleurs le cœur de ces histoires est souvent ici relégué en périphérie, et du propos, et de l'action. Il y a bien des courses-poursuites, des fusillades, des blessures, des explosions ; mais il y a aussi des dialogues savamment écrits, des silences et des regards lourds. Il y a des réflexions sur la religion, le mensonge et la mort, la justice. Spinoza est loin, mais pour l'enfant que j'étais, c'était le Pérou, c'était les Andes de la réflexion : c'était le début d'un mouvement, où je suis aujourd'hui encore emporté par son élan premier.

Je ne sais pas vraiment quelle est la postérité de Soda. Sans doute connue des amateurices, la série est, à ce que je vois sur les sites spécialisés, bien notée et bien considérée. Cela fait plusieurs années qu'on attend un prochain album, mais la série aime à prendre son temps. La quelque quatorzaine que nous avons est d'ores et déjà truculente (Dieu seul le sait et Confession express sont sans doute mes favoris) et à tout prendre, je préfère encore la savoir mesurée et attentive, calme, plutôt que toujours revenante et malheureusement déclinante comme d'autres que j'ai pourtant profondément aimées.
Soda est davantage qu'une distraction de qualité. C'est une œuvre ronde, équilibrée, intelligente. Sans doute pas révolutionnaire, bien qu'elle révolutionna son microcosme jadis avec d'autres, et ses thuriféraires seront sans doute bien mieux connus qu'elle ne le sera jamais. Mais dans un siècle, quand les historiennes et les historiens reviendront, sans doute sera-t-elle mise ne lumière, comme Bertrand l'est aujourd'hui chez les romantiques : tout comme les coupables sont toujours arrêtés dans cette série, justice, en art surtout, est toujours faite un jour ou l'autre.

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Wyrd Sisters (1988, Terry Pratchett)
Inscryption (2021, Daniel Mullins Games)
Orgazmo (1997, Trey Parker)
Fluide Glacial (1975 - en cours, AUDIE)
A Few of my favorite things (5)
Jacquou le Croquant (1899, Eugène Le Roy)
Donkey Kong Country 3: Dixie Kong's Double Trouble! (1996, RareWare)
Les Guignols de l'Info (1988-2018, Alain De Greef & Alain Duverne, auteurs divers)
Kador (1978-1982, Binet)
Little Shop of Horrors (1982, H. Ashman & A. Menken)
Le Petit Chose (1868, Alphonse Daudet)
The Legend of Zelda: Link's Awakening (1993, Nintendo)
Columbo (1968-2003, Richard Levinson & William Link)
Cédric (1986 - en cours, Cauvin & Laudec)
Des nouvelles (février 2026)
Renaud cante el' Nord (1993, Renaud)
The Bizarre World of Fake Video Games (2025, Super Eyepatch Wolf)
Hades II (2025, Supergiant Games)
Evil Dead 2: Dead by Dawn (1987, Sam Raimi)
Walking Dead (2005-2020, Robert Kirkman et al.)
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