Babe (1995, Chris Noonan)
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Depuis quelques années, je m'essaie et tâche de diminuer mon alimentation carnée et m'attache à multiplier les repas végétariens, voire végétaliens, autant que faire se peut. C'est un parcours long, à la croisée de la réflexion personnelle, du goût intime, de l'engagement moral ; mais si je devais lui donner un point de départ, Babe en serait un parmi deux ou trois autres.
Je pense aussi à un épisode des Simpsons, "Lisa la végétarienne", qui sortit dans les mêmes eaux, soit coincidamment, soit car relevant d'une tendance de fond plus large ; mais je gage que la succession de ces deux œuvres a dû imprimer un début de réflexion en moi, qui ne se réalisera cependant que quinze ou vingt ans plus tard. Remarquons cependant que contrairement à cet épisode, Babe n'est pas foncièrement végétariste, du moins, cette discussion n'appert pas en tant que telle ; il s'agit cependant d'une conséquence naturelle de l'anthropomorphisme de ces animaux, qui redéfinit les frontières du sensible et de l'intelligence.
C'est sans doute l'un des fils rouges de ce conte, aux conséquences naturellement tirées : si les cochons sont plus intelligents que le proverbe le dit ; si les moutons sont moins bêtes que Panurge le prétend ; si les canards peuvent être des coqs ; alors, pourquoi manger les uns, pourquoi ne pas manger les autres ? C'est ainsi car c'est ainsi, répondent les unes, ânonnent les autres, et que la question ne soit plus posée.
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En revoyant cette histoire récemment, il me frappa de voir que progressivement, la sphère des traditions va augmentant, restreinte tout d'abord au monde, étroit, des animaux de ferme qui divise l'espace en attribuant des zones de coucher, la grange pour les uns, la maison pour les autres ; ensuite, auprès des "patrons", le fermier et la fermière, qui décident qui sera mangé, qui ne le sera pas ; enfin, le concours de chiens de berger, qui autorise la participation du cochon à la compétition. Toutes choses égales par ailleurs, ces sphères se rencontrent dans les Contes du chat perché, d'histoire en histoire, qui rajoutent d'autres sites, l'école, la ville ou la forêt, qui compliquent davantage encore ce canevas ; mais n'en parlons pas ici.
Les arguments avancés pour grignoter et adoucir cette forte hiérarchie sont nombreux : les premiers ressemblent à la tendresse d'une mère, la chienne Fly, qui voit ses chiots partir chez d'autres foyers ; les seconds sont pragmatiques, quant à l'efficacité de Babe d'assurer la garde du troupeau ; d'autres sont de l'ordre de la survie, Ferdinand prend la place du coq ; les derniers sont législatifs. Je n'ai cru voir ici de pondération, chaque forme de démonstration vaut pour le moment concerné : on rompt ainsi la rigidité coutumière par une douceur naturelle, et on gagne les cœurs par son évidence.
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Toutes choses égales par ailleurs, Babe ne rencontre finalement que peu de résistances dans son histoire, il n'aura que des alliées. Les rares opposants, qui la fermière, qui Rex le molosse, seront court-circuités par la figure tutélaire du "patron" qui guide d'une main rassurante les événements et semble une figure plus proche du divin que de l'humain, avare de paroles et de gestes : son intérêt, certes peu représenté mais suffisamment remarquable, pour le modélisme, évoque sa position surplombante de deus impetus, tutélaire et bienveillante, bien qu'il ait pouvoir de vie et de mort sur ses ouailles.
Tout ceci étant dit, sera-t-on encore surpris de trouver George Miller, mieux connu pour sa série post-apocalyptique Mad Max, au scénario de ce film, puis de sa suite ? Bien des thèmes l'évoquent et rappellent les grands principes de la dystopie - on pense aussi à Fallout dont les animaux et les humains mutants redéfinissent les frontières confortables de la sentience, ou à Oddworld qui traite frontalement de ces questions ; à Escape from L.A. et à They Live.
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Dans Babe, la réflexion est d'autant plus évidente, d'autant plus simple, que la technique déployée est des plus fascinantes : l'illusion est parfaite tant le travail des marionnettistes, l'efficacité des peintures, la photographie générale font de cette œuvre un tableau perturbant de réalisme. Pour peu, l'on se prend même à rêver, comme j'en rêvais jadis et comme j'en rêvais récemment, à croire ces animaux habités de parole, qu'il ait suffit de capturer naturellement leurs répliques, qu'une caméra posée au bon endroit soit l'essentiel du travail de réalisation : le cinéma est l'architecte du fantasme.
Le revoyant cependant avec des yeux plus adultes, le film gagne en pesanteur, sa légèreté de fable se mâtine d'un sous-texte qu'il devient difficile d'ignorer. C'est, selon mon propre barème, la marque d'une grande œuvre, de se transformer par les relectures, de s'enrichir naturellement. Ce ne sont point les textes qui changent, c'est nous qui bougeons : et il me rassure de me voir rendre le monde plus complexe, tant sa complexité me plaît.
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Wyrd Sisters (1988, Terry Pratchett)
Inscryption (2021, Daniel Mullins Games)
Orgazmo (1997, Trey Parker)
Fluide Glacial (1975 - en cours, AUDIE)
A Few of my favorite things (5)
Jacquou le Croquant (1899, Eugène Le Roy)
Donkey Kong Country 3: Dixie Kong's Double Trouble! (1996, RareWare)
Les Guignols de l'Info (1988-2018, Alain De Greef & Alain Duverne, auteurs divers)
Kador (1978-1982, Binet)
Little Shop of Horrors (1982, H. Ashman & A. Menken)
Le Petit Chose (1868, Alphonse Daudet)
The Legend of Zelda: Link's Awakening (1993, Nintendo)
Columbo (1968-2003, Richard Levinson & William Link)
Cédric (1986 - en cours, Cauvin & Laudec)
Des nouvelles (février 2026)
Renaud cante el' Nord (1993, Renaud)
The Bizarre World of Fake Video Games (2025, Super Eyepatch Wolf)
Hades II (2025, Supergiant Games)
Evil Dead 2: Dead by Dawn (1987, Sam Raimi)
Walking Dead (2005-2020, Robert Kirkman et al.)
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