Infernax (2022, Berzerk Studio)

Publié le par GouxMathieu

   On peut se demander jusqu'à quel point une esthétique comme celle-ci peut être qualifiée de "retro" tant elle est implantée depuis plus de dix ans, qu'elle a été substantiellement modifiée, qu'elle ne garde plus que la surface des choses et non leur profondeur. Infernax n'est ainsi pas une redite : c'est de la nouveauté tranquille, à l'inspiration belle.

 

   L'étiquette de "retro", que l'on accole encore sur certains jeux vidéo, peut recevoir aujourd'hui deux acceptions particulières. La première, que je préfère, considère que tout ce qu'il y a plus de dix ans est patrimonial, et doit mériter ce titre : c'est donc une classe mouvante, dynamique, qui avance tranquillement. Une seconde, apparue il y a vingt ans peut-être, fige ce terme à une certaine période du média, celle des 8 et 16-bits, de la NES et de la SNES particulièrement, dont on imitera le style, les couleurs et les sons.

   Mais comme bien des étiquettes, il y a l'apparence, et il y a la philosophie. Il ne s'agit pas, je pense qu'on s'accordera, à simplement reproduire des formes connues pour créer une œuvre identique : il faut aussi en garder l'esprit et la tendance, le "sentement" comme on disait jadis, bien plus difficile à définir. Là encore, reproduction n'est pas imitation : l'imprégnation demande une sincère appropriation.

   Infernax, de prime abord, m'a fait cette mauvaise impression. On imitait Castlevania II, lointainement peut-être Battle for Olympus ou Zelda II. D'ailleurs, la référence sera occasionnellement très explicite, même si détournée. Mais ce sentiment premier est bientôt désactivé par la maniabilité plus leste du personnage, qui se contrôle modernement ; les fréquents points de sauvegarde qui restaurent vie et magie ; les facilités qui rendent le parcours accessible à chacune et chacun. C'est, d'ailleurs, le plus fort de mes griefs concernant ce jeu, sa facilité : les patrons chutent rapidement, les donjons s'avalent en une bouchée ; tout cela est court, et on aurait apprécié un peu plus de challenge.

   À côté cependant, on appréciera le design assez bien assuré des monstres et des démons, menaçants et boschiens, qui rattrapent des décors convenus ou un peu plus paresseux ; l'animation et la teinte des ennemis, qui font oublier la durée de vie ridicule, même si l'on peut modifier le déroulement de l'histoire ; la bonne humeur générale de notre partie, qui invite à la relecture.

   C'est un jeu tout particulier, que j'ai aimé à parcourir quinze à vingt heures durant, que j'ai aimé à explorer dans ses moindres détails, à refaire en variant la cadence. Et puis, je me suis arrêté et j'ai réfléchi : était-ce du retro, était-ce une nouvelle œuvre ? Tout en lui respirait les préoccupations d'antan, mais il ne les réalisait pas ainsi. J'avais l'impression de parcourir un pastiche, un Quichotte, qui voulait faire le bilan d'alors pour ouvrir une nouvelle époque.

   Ce n'est pas le premier à faire cela, Shovel Knight, quelques temps auparavant, l'a réalisé parfaitement et avec bien mieux de talent et de subtilité. Infernax est une tentative intéressante, plus maladroite et moins bien fourbue, mais intelligente et sincère de bout en bout. Il restera peut-être et sera peut-être citée, il serait dommage qu'il disparaisse : et il me convainc qu'il y a là davantage que de la nostalgie, et davantage que de la facilité.

 

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