Abbey Road (1969, The Beatles)

Publié le par GouxMathieu

   Tout a une fin, à ce qu'on dit ; mais pour les Beatles, rien n'est moins sûr. Je suis toujours surpris de voir à quel point leur carrière fut brève, toutes choses égales par ailleurs : plus ou moins dix ans, selon la façon dont vous comptez ceci et cela. Et pourtant, pour moi, pour d'autres, c'est comme s'ils ne s'étaient jamais quittés.

 

   De loin, les Beatles est sans doute le groupe que j'ai le plus cité sur ce journal. J'ai déjà parlé de certains de leurs albums, de compilations et de reprises, des projets individuels de leurs membres. J'y reviens toujours, je n'ai jamais vraiment arrêté. Comme j'ai eu à le dire ailleurs, j'ai connu les Beatles en cours de musique ; on m'a après offert une compilation, le fameux Red Album ; je me suis depuis méthodiquement plongé dans leur discographie.

   Abbey Road est un album spécial, on le sait bien ; dernier de la composition originale, avec cette couverture restée, depuis, dans toutes les mémoires et parodiées sans fin, il a marqué pour nombre la fin d'une période, d'une époque, la fin d'une génération qui pensait, enfin, résoudre l'histoire. Je n'ai pas cette relation avec Abbey Road, les Beatles n'existaient plus, et existaient encore, quand je le découvris.

   Il y a quelque chose de bizarre, dans Abbey Road. Même le fameux "white album" me semblait plus cohérent malgré tout, comme il encapsulait une énergie et une fougue bien à lui. Abbey Road est un genre de pot-pourri, et je repense beaucoup à la compilation par laquelle j'entrais dans le groupe : pour un peu, on pourrait s'y tromper. Entre "Come Together", qui ouvre l'album, "Maxwell's Silver Hammer" ou "I want you (she's so heavy)", entre "Here comes the sun" et "Carry that weight", il est difficile de trouver un fil conducteur musical, thématique, narratif.

   Finalement et peut-être, ce qui se lie tout ça, c'est que ces musiques sont liées ; mes travaux en linguistique m'ont depuis appris que la cohérence textuelle ne se laissait pas aisément définir et que, parfois, c'était la mise en texte qui créait le texte, et non le contraire. Un album est un album parce qu'il est un album : un album est un album est un album.

   Abbey Road n'est pas, cependant, mon préféré. Le Sgt. Pepper avait, a et aura sans doute toujours mon admiration inconditionnelle. Je ne suis, du reste, pas assez sachant en critique musicale pour arguer de la qualité de cet album au regard d'un autre, et de la composition de cette piste, et de l'instrument de cette autre. Je laisse ça.

   Mais je sais qu'Abbey Road est un album spécial, et comme toutes les bornes, les initiales comme les finales, il a une mystique extraordinaire qui m'intrigue. On arrive souvent à préparer ses débuts, on a toute une vie, souvent, pour le faire, on prend son temps. Mais rares sont les occasions de terminer proprement les chroses : souvent, ce sont les choses qui nous terminent. La liberté de finir me plaît plus que la liberté de commencer : j'espère, un jour, savoir où et quand m'arrêter.

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