Camel (1973, Camel)

Publié le par GouxMathieu

   Comme l’automne ou le printemps, le rock progressif revient régulièrement sur ce blog. Je l’ai évoqué ici, ou ailleurs : mais il me faudrait une vie entière encore pour discuter de tout ce qui me plaît dans ce genre. Cette fois-ci, évoquons Camel, premier album de ce groupe qui est, sans doute, le mieux connu des inconnus.

 

 

 

   Il y a cette sympathie, que l’on aura toutes et tous, envers ces artistes et ces formations qui ne trouvent jamais le succès escompté, et ce malgré leurs riches qualités ou leur travail reconnu. Camel, le groupe, et Camel, l’album, sont sans doute parmi ce que le rock britannique, progressif ou non, a su faire de mieux dans ces années-là ; leur influence sur les musiciens et musiciennes subséquentes est notable, et des interviews sont là pour en témoigner ; les critiques sont généralement positives, si ce n’est laudatives, miraculeuses ; et pourtant, on les connaît peu, et pourtant, on en parle peu. Ils jouent encore, se remettent à l’art après une pause méritée pour profiter de leur vie familiale ; mais qui invitera Camel ?

   J’ai découvert leur œuvre lors de ma découverte, jadis, du rock progressif. Je crois avoir déjà raconté cette histoire : mon premier studio étudiant faisant face à un coreligionnaire de droit qui était particulièrement versé dans ce sous-genre du rock’n roll. Il ne me donna que quelques noms : Wikipedia fit le reste. Il y a des douze ans déjà, toute une équipe de rédacteurices, tant francophones qu’anglophones, avait renseigné les parcours et les projets de chaque artiste, leurs influences, leurs thuriféraires : on tirait un fil, et toute la pelote venait.

   Aussi, j’ai dû découvrir Camel en connaissant King Crimson, que je découvris grâce à Pink Floyd, que je découvris grâce aux Beatles, que je découvris nécessairement. Je tombais amoureux, immédiatement presque, de leur univers étrange, mélange de cuivres clairs, d’orientalisme sincère, de longues guitares saturées, de basses planantes. Chez Camel, ce n'est pas tant le propos, les paroles, que la symphonie les supportant qui m’intéressent surtout. Asia me fait chanter ; Camel me fait rêver. Je ne m’aviserai pas à mettre l’un au-dessus de l’autre ; comme les deux faces de la médaille, ils complètent la forme avec intelligence.

   Pourquoi cependant cet album inaugural, indépendamment de ses qualités, réelles comme supposées ? Il y a chez moi deux raisons à cela. La première, évidente à qui y pensera, est une affaire de goût : j’aime Camel car c’est celui que je préfère, de tous, quand bien même Mirage, peut-être le mieux connu, talonne de près celui-ci. Mais c’est la deuxième raison, plus bizarre peut-être, qui me décide : j’aime énormément ces albums qui n’ont pour titre que le nom du groupe, ou le contraire.

   L’onomastique m’a toujours intrigué. Bien que linguiste, je ne m’y suis jamais plongé en profondeur, ne connaissant que ce que je dois connaître pour répondre aux questions régulières des étudiant.e.s. J’ai toujours cependant trouvé fascinante cette faculté que nous avons à nommer les choses, ou à ne pas les nommer ; et parfois à ne pas résoudre les ambiguïtés issues de notre rapport complexe au monde. Il en va de ces albums « autonommés », self-titled comme disent encore les anglophones, et qui me rendent perplexes : est-ce le groupe qui baptisa l’album, ou l’album qui baptisa la formation ?

   Il y avait là comme une promesse de réussite, un avant-goût de ce que sera l’époque où l’on pourra enfin nommer nos œuvres. Il y avait une incertitude qui peut surprendre, les temps courants, comme certains temps passés, étant surtout faits d’écriture, de destin et d’irrémédiable. Camel de me rappeler cela, entre autres, de me faire retrouver le temps où tout pouvait être fait, ou rien n’était dit : et où nos silences faisaient mieux que le bruit.

 

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