Gagner la guerre (2009, Jean-Philippe Jaworski)

Toutes choses égales par ailleurs, je ne goûte guère la fantasy en littérature. J'aime pourtant ces imaginaires au cinéma ou en bande dessinée ; mais si ce n'est Pratchett, et dans une moindre mesure le vieillissant Tolkien, rien ne m'aura attiré. C'est que je préfère les intrigues humaines aux dragons furieux ; c'est alors que Jaworski vint et fit sans doute ce que Martin ne réalisa point.
Je le dis sans fard : autant je puis aimer Game of Thrones par exemple, suivant la série télévisée dans ses grandeurs comme dans ses bassesses avec beaucoup de plaisir, les romans m'auront lourdement déçus. L'auteur est sans doute grand scénariste et bon dialoguiste, mais il est à mes yeux piètre littérateur. Où est la pourpre, le pampre, le panache ? Une bizarrerie narrative ne vaut pas le souffle, et je préfère mille fois un Dumas grandiloquent à un Breton étrange.
Aussi, en entendant tant de bien de Gagner la guerre, je restais curieux, bien que circonspect : et un cadeau d'anniversaire plus tard me donna la chance de m'y frotter. Ce fut, alors, un millier de pages truffés de trouvailles lexicales, de syntaxe audacieuse, de style sévèrement pesé. Ma profession me permet, généralement, de comprendre les mouvements de texte, les réécritures et les achoppements : mais ici, tout semble couler doucement, c'est une rivière aux doux méandres que l'on suit sans heurt ni sans peine. C'est un roman qui donne envie d'écrire et qui fait davantage que raconter une histoire intéressante : il la raconte sublimement.

Le cadre, sans doute aucun, s'y prêtait bien. Il est des fantaisies qui aiment à se dérouler dans des pays ruinés, ou traversés par des légendes maintes fois séculaires et oubliées. Peste que cela ! Nous sommes ici dans un royaume nous renvoyant à la belle Venise des podestats et des Doges ; une mer nous sépare des mahométans et des thaumaturges qui échangent du sang contre des miracles ; dans les montagnes, des nains et des elfes tirent le vin de barriques encavées et les brigands prient des déesses aux statues monumentales.
Il y a un talent particulier ici, à construire tout cet univers organiquement, sans besoin de parenthèses excessives ou de détours compliqués. Il est des facilités, évidentes, d'écriture bien entendu : et l'appel à l'ignorance, tel ou tel personnage se chargeant alors, en dialogue, de combler les trous, est peut-être trop utilisé. C'était attendu, compte tenu du choix de la narration à la première personne ; mais je pense préférer encore le ton professoral d'un Flaubert ou d'un Stendhal, voire d'un Hugo, mais c'est sans doute aucun le studieux écolier qui parle ici.

Par certains endroits, ce texte est très volontiers anachronique. On pense à Dumas, évidemment, aux grands feuilletons du temps, au picaresque et aux pérégrinismes d'un Gautier ; ce côté matamore et grand bagarreur des héros d'alors, s'appelassent-ils Edmond Dantès, d'Artagnan ou Sigognac. Il y a du médiéval aussi ici, Chrétien de Troie et la Table Ronde ne sont jamais bien loin : et si l'ensemble du texte est, vraisemblablement, plus héroïque que fantastique, on trouvera volontiers ce charme tantôt naïf, parfois inquiétant, des mystères qui nous sont parvenus du temps des croisades.
Parmi les références, sans doute évidentes, on évoquera également Umberto Eco, sans doute moins celui du Pendule de Foucault ou du Nom de la rose que celui de L'Île du jour d'avant, où la magie se mélange agréablement à l'histoire et aux réalités des existences de nos ancêtres. On pourra bien entendu frémir en me voyant lister ces grands noms : mais la comparaison n'est pas pour moi facile et je pense, en toute sincérité, qu'il s'agit là d'un grand, très grand roman de la littérature contemporaine.

C'est étrange, même, venant de moi : car la littérature contemporaine, à quelques exceptions près, me fascine précisément par son expérimental, par sa distance avec le réel et le passé. Que l'on me donne La Tour d'écrou, que l'on me donne Faulkner, Quignard ou Roubaud ; la Maison des feuilles reste en moi comme l'une des plus belles œuvres humaines. Et pourtant, ce roman d'aventures, de capes et d'épées qui se raconte à la première personne, sous la forme de mémoires trouvées ; ces intrigues politiques où l'argent, le pouvoir, le mystère se mêlent ; ces contre-façons de tragi-comédies et ces caricatures d'Épinal ; tout cela fonctionne incroyablement.
J'ai été, l'on est, sincèrement surpris par ce que l'on présente comme un premier roman mais qui risque d'être, qui se présente tout du moins, comme un magister dixit destiné à ne jamais être égalé. Mais que ce texte soit surpassé ou, du moins, imité, ou rien de tout cela ; peu importe. Il est, il reste, il demeure : et Benvenuto, avec toute sa crasse et sa roublardise, sa méchanceté, de marcher maintenant derrière moi, fier et hautain aux côtés de tous les fiers-à-bras qui ont enchanté mes rêveries adolescentes.

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Wyrd Sisters (1988, Terry Pratchett)
Inscryption (2021, Daniel Mullins Games)
Orgazmo (1997, Trey Parker)
Fluide Glacial (1975 - en cours, AUDIE)
A Few of my favorite things (5)
Jacquou le Croquant (1899, Eugène Le Roy)
Donkey Kong Country 3: Dixie Kong's Double Trouble! (1996, RareWare)
Les Guignols de l'Info (1988-2018, Alain De Greef & Alain Duverne, auteurs divers)
Kador (1978-1982, Binet)
Little Shop of Horrors (1982, H. Ashman & A. Menken)
Le Petit Chose (1868, Alphonse Daudet)
The Legend of Zelda: Link's Awakening (1993, Nintendo)
Columbo (1968-2003, Richard Levinson & William Link)
Cédric (1986 - en cours, Cauvin & Laudec)
Des nouvelles (février 2026)
Renaud cante el' Nord (1993, Renaud)
The Bizarre World of Fake Video Games (2025, Super Eyepatch Wolf)
Hades II (2025, Supergiant Games)
Evil Dead 2: Dead by Dawn (1987, Sam Raimi)
Walking Dead (2005-2020, Robert Kirkman et al.)
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